Longtemps reléguée au statut de « génération de demain », la jeunesse guinéenne — et plus largement africaine — est déjà une force du présent. Si la critique est une exigence démocratique légitime pour révéler les failles, elle ne saurait constituer un projet de société. La responsabilité commence là où la contestation cède la place à la proposition. Il est temps d’opérer une bascule culturelle majeure : passer du « ils doivent faire » à « nous pouvons contribuer à faire ». 

Investir dans le capital humain  

L’enjeu n’est plus seulement d’absorber des demandeurs d’emploi, mais de former des créateurs de solutions. Les diplômes ne suffisent plus. Il faut aussi la maîtrise des compétences stratégiques : numérique, IA, gestion, leadership, métiers techniques et agricoles… 

De même, l’entrepreneuriat dépasse la simple alternative au chômage. C’est un acte de responsabilité civique et économique qui génère des emplois, structure des filières et crée de la valeur. À l’ère du numérique, l’accès à la connaissance offre un levier sans précédent qu’il convient d’exploiter pour produire et bâtir, plutôt que d’en rester à la simple consommation. 

Une participation politique structurée  

L’élaboration des politiques publiques ne doit plus se faire sans l’expérience du terrain que possèdent les jeunes. Pour peser durablement sur les choix collectifs, cette jeunesse doit apprendre à participer de manière méthodique : étudier, débattre, proposer et évaluer. Le pouvoir étant une responsabilité, la préparation des futurs dirigeants — à l’université, en entreprise ou dans les laboratoires — doit s’amorcer dès aujourd’hui autour des valeurs d’écoute, de rigueur et de reddition des comptes. 

Compétence  

Revendiquer des droits impose d’acquérir les qualifications nécessaires pour exercer les responsabilités visées. Le développement d’une nation exige le refus de la facilité, l’acceptation de l’effort continu et une recherche permanente d’excellence. Dès lors, le véritable patriotisme s’éloigne du discours passionnel pour devenir productif. Il s’incarne dans le travail bien fait, le respect des biens publics, le refus de la corruption et la volonté de servir l’intérêt général. 

Changement de posture 

Pour façonner la Guinée de demain, il ne s’agit pas de viser l’attribution systématique de postes, mais d’incarner une utilité réelle par le travail et l’innovation. En délaissant la posture de spectatrice pour celle d’actrice de son destin, cette génération ne se contentera pas de réclamer sa place. Elle préparera un pays meilleur pour les générations suivantes. 

Amadou Lamarana BAH 

Analyste des questions de leadership, innovation publique, jeunesse, gouvernance et développement.