L’ambition effrénée des jeunes à quitter le bled les mène souvent à la déchéance. Depuis un certain moment, de nombreux Guinéens se retrouvent piégés en Sierra Leone par des réseaux de faux passeurs pour l’Europe ou le Canada. D’autres se trouvent dans la même situation dans la ville de Boundiali, au nord-ouest de la Côte d’Ivoire, où opère un réseau d’escrocs.

Les filières criminelles utilisant des ruses pour extorquer de l’argent à des candidats à l’immigration se multiplient. Entre travaux forcés, esclavages sexuels et autres souffrances morales, l’espoir de certains jeunes candidats à la migration clandestine s’arrête dans des maisons closes ou des localités isolées de la région ouest africaine. Un gang qui échappe jusque-là aux services de sécurité.

Témoignage d’une victime

Le modus operandi est le même : des personnes (anciens amis) font miroiter une vie dorée à l’étranger durant plusieurs jours, avant de lui proposer un voyage ou un emploi décent dès sa destination de rêve. Salimatou Barry, 28 ans, mère célibataire, sortait d’une situation difficile en Guinée : la casse de sa maison au quartier Kobayah, lorsqu’un de ses camarades de classe, un certain Mohamed Touré, lui a proposé un voyage en Italie en mai dernier. « J’ai été victime de trahison. Parce que mon ami Mohamed m’a dit qu’il connaît une agence fiable qui envoie les gens en Europe à 25 millions de francs guinéens. Je lui ai dit que j’étais avec mon enfant, il m’a dit que c’était à 40 millions de francs guinéens. Quand j’ai dit que je ne pouvais pas avoir cette somme, il s’est engagé à payer 15 millions de francs guinéens pour moi ». Salimatou ayant eu confiance à son ami a d’abord payé une somme de 500 000fg en guise d’inscription, ensuite 10 millions de francs guinéens avant de bouger pour la Sierra Leone avec son enfant, en mai dernier, où selon elle, les arnaqueurs disent que les passagers doivent faire les formalités. Alors qu’en réalité, c’est d’aller dans un lieu isolé d’exploitation de l’homme par l’homme. Après son départ à Conakry, la jeune dame affirme avoir été accueillie à la frontière guinéo-sierra-léonaise de Pamelap, par un certain Kaba qui l’a arnaquée dans le change de la monnaie. Salimatou dit avoir déboursé 4 millions de francs guinéens pour n’obtenir que 1 million 500 mille lions. Le nommé Kabé l’a convaincue que la monnaie léonaise a plus de valeur que le franc guinéen. De Pamelap, elle s’embarque pour la localité de Kambia. « Quand nous sommes arrivés, Kaba a pris une autre destination et m’a embarquée pour la localité de Faye-Faye où une certaine Bountouraby Camara m’a accueillie et m’a envoyée dans une maison où il n’y a pas de lit, aucune commodité ». Là, commence l’attente interminable.

Durant 10 jours, Salimatou Barry dit qu’elle essayait d’être en contact avec son ami Mohamed Touré, mais celui-ci trouvait des arguments pour la repousser en disant de parler avec le nomm Kaba. Pendant que Bountouraby était chargée de la surveiller.  Salimatou a eu le salut, lorsqu’elle est allée faire des achats en compagnie de Bountouraby. Un monsieur l’a soufflé de quitter les lieux. Elle a affaire à un réseau d’arnaqueurs. C’est ainsi qu’un matin, elle a pris la fuite pour retourner en Guinée. Seulement voilà ! Salimatou Barry dit avoir laissé des jeunes guinéennes en détresse dans ces lieux. Privées de nourritures et de médicaments, elles tirent le diable par la queue et ont urgemment besoin d’aide.

Dix Guinéens sauvés à Boundiali

À Bondiali, un réseau d’escrocs réussi à rassembler de nombreuses personnes de différentes nationalités dans des maisons isolées de la périphérie de la ville. La police ivoirienne l’a démantelé le 23 juillet dernier. Le lendemain, la police a contacté l’Association des ressortissants guinéens pour leur faire part de la situation. Ainsi, Mamadou Tahirou Baldé, premier vice-président de l’association, s’est déplacé pour aller au commissariat. Il y a trouvé des gens en détresse, mourant de faim. Après leur avoir trouvé à manger, il a conduit trois d’entre eux à l’hôpital. Parmi les dix guinéens, quatre femmes dont une nourrice avait été relâchée par la police.

La plupart de ces jeunes, déjà en situation de précarité, ont progressivement perdu la confiance de leurs parents à force de leur réclamer de l’argent, destiné au paiement des rançons exigées par leurs « ravisseurs ». Abandonnés à leur sort, ils se retrouvent aujourd’hui sans repères. Mais l’Association des ressortissants guinéens dit « faire le nécessaire pour que ces jeunes retrouvent les siens. »

Comme les autres réseaux d’arnaque, ces jeunes affirment avoir été attirés par des fausses promesses d’un emploi décent, d’opportunités à développer un commerce prospère, des voyages, ainsi que d’autres perspectives alléchantes.

Ibn Adama