Reporters sans frontières (RSF) condamne fermement les arrestations, survenues à quelques jours d’écart les unes d’entre elles, d’une dizaine de journalistes éthiopiens à Addis-Abeba, la capitale du pays.

Cela fait une semaine que Awlo Media Center et Ethio-Forum, deux médias diffusés en ligne, ont cessé leur activité. Le 30 juin, dix personnes travaillant pour l’Awlo Media Center, dont plusieurs reporters, cameramen, et éditeurs, ont été arrêtées par la police et placées en détention sans avoir été jugées. Parmi eux figure Bekalu Alamirew, un journaliste déjà arrêté en novembre 2020 pour diffusion de fausses nouvelles et diffamation. Il avait passé plus de deux semaines en prison avant d’être finalement remis en liberté conditionnelle.

Le 30 juin également, le journaliste de la chaîne Youtube critique du gouvernement Ethio-Forum Abebe Bayu a également été arrêté tout comme son collègue Yayesew Shimeles le lendemain. Quelques jours auparavant, le 21 juin, Abebe Bayu avait déjà été kidnappé par quatre hommes non-identifiés, qui l’avaient menacé avec un pistolet, roué de coups et lui avaient volé de l’argent ainsi que ses téléphones.

Aucun motif officiel justifiant de leur arrestation n’a été avancé par les autorités dans un premier temps. Le 2 juillet, le chef du bureau de communication de la Commission fédérale de la police Jeylan Abdi a finalement soutenu que les journalistes étaient maintenus en détention en raison de leur affiliation à un «groupe terroriste» récemment banni par le parlement éthiopien, le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Les deux médias diffusaient régulièrement des reportages qui contredisaient la position officielle du gouvernement, notamment au sujet de la guerre dans la région du Tigré, qui dure depuis novembre 2020 et qui oppose les forces du TPLF à celles du gouvernement fédéral qui se sont récemment retirées de Mekelle, la capitale de la région.

«Nous condamnons ces arrestations massives de journalistes qui visent clairement à les dissuader d’enquêter de manière indépendante sur le conflit dans la région du Tigré, déclare le responsable du bureau Afrique de RSF, Arnaud Froger. Ces arrestations effectuées dans la plus grande opacité sont d’autant plus choquantes que le parlement éthiopien a voté, il y a seulement quelques mois, une nouvelle loi sur les médias qui décriminalise la plupart des délits de presse. RSF exige la libération immédiate et sans condition de ces journalistes.»

Un journaliste travaillant en Ethiopie et ayant souhaité conserver l’anonymat a indiqué à notre organisation que ces arrestations de masse ont instauré un «climat de terreur» au sein de la profession dans le pays.

Ces derniers mois, les conditions d’exercice du journalisme en Ethiopie n’ont cessé de se dégrader. En mars dernier, le journaliste correspondant du New York Times Simon Marks s’est fait retirer son accréditation après avoir effectué une série de reportages sur la guerre du Tigré. Quelques mois après, le 20 mai, il avait été expulsé du pays sans avertissement, une première depuis l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed en 2018, qui avait initialement vidé les prisons éthiopiennes de ses journalistes et encouragé l’ouverture du paysage médiatique dans le pays.

Après avoir progressé durant trois ans, l’Éthiopie a reculé de deux places dans le Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2021, passant de la 99e à la 101e place sur 180 pays.

Reporters Sans Frontières