Quatre jours après sa démission et celle de son gouvernement, le Premier ministre guinéen a été reconduit à son poste par un décret présidentiel lu dans la soirée du 26 janvier à la RTG. Un renouvellement de confiance qui intervient alors que le président de la République a annoncé la tenue prochaine des élections législatives.

Tout comme lors de sa première nomination le 27 février 2024, la reconduction d’Amadou Oury Bah (Bah Oury pour les intimes) à la tête du gouvernement guinéen a plus ou moins surpris. La surprise est d’autant plus grande que Mamadi Doumbouya, en acceptant la démission de son Premier ministre et de son équipe quatre jours auparavant, a confié à celui qui fut son directeur de campagne lors de la présidentielle du 28 décembre dernier une mission autre que celle de diriger des ministres : « faire grandir la mouvance politique Génération pour la modernité et le développement (GMD), pour la mise en œuvre progressive de ses composantes pour les prochaines élections, notamment législatives », précisait le communiqué présidentiel lu le 22 janvier par le ministre Secrétaire général à la Présidence, le général Amara Camara.

Et pourtant ce 26 janvier, en grand adepte du brouillage des pistes et plus tôt qu’attendu, l’ancien tombeur d’Alpha Condé, nouvellement élu président de la République, a reconduit Bah Oury. Comme pour dire qu’on ne change pas un Premier ministre qui gagne, aussi symbolique ou contestable que soit cette victoire acquise en écartant les ténors de l’opposition. Dès sa nomination, le nouveau promu s’était attelé au retour à l’ordre constitutionnel et, à plusieurs occasions, a défendu la position d’une organisation des élections en 2025. Quitte à être désavoué publiquement par les ministres Amara Camara et Ousmane Gaoual Diallo.

Partage de pouvoir

Déclaré élu avec 86,72 % des suffrages à l’issue du dernier scrutin et investi président de la République dans la foulée, Mamadi Doumbouya veut désormais aller très vite, après avoir longtemps traîné les pieds. Il promet d’officialiser la date des futures élections législatives dès février, et a enjoint au Conseil national de transition (CNT) d’accélérer l’élaboration et l’adoption des lois nécessaires au retour effectif à l’ordre constitutionnel.

Confier dans ce contexte la tête de la majorité présidentielle à son Premier ministre est-il une manière de préparer son départ de la Primature pour l’Assemblée nationale après les législatives ? Nombre d’observateurs veulent y croire, anticipant une volonté de partage de pouvoir et d’équilibre régional, suite à la création d’un Parlement bicaméral pour la première fois dans l’histoire du pays. Avec un Exécutif tenu par Mamadi Doumbouya et l’Assemblée nationale présidée par Bah Oury, le Sénat et la Primature pourraient respectivement échoir à la Guinée-forestière et à la Basse-Guinée, analysent-ils.

Mais encore une fois, le désormais nouveau président de la République semble imprévisible et montre qu’il reste le seul maître à bord. Cela se traduit par la reconduction d’un Premier ministre qui ne paraissait pas en odeur de sainteté avec certains membres de l’entourage présidentiel. Bah Oury, autrefois le « Gorko soussaye » (l’homme doit oser en pular) de l’UFDG avant qu’Ousmane Gaoual Diallo ne porte ce surnom qui symbolise l’audace, s’est assagi. Là où, il y a des années, il aurait créé des scandales, le Premier ministre a préféré avaler des couleuvres. Cela a sûrement aussi pesé sur la balance de son maintien, lorsqu’on sait que la crise des nerfs entre son prédécesseur Bernard Goumou et l’ancien Garde des Sceaux Alphonse Charles Wright avait précipité la dissolution à l’époque du gouvernement. Au sein d’un pouvoir relativement jeune, il fait office de sage et incarne la maturité politique.

L’épée de Damoclès

A son arrivée en février 2024, rappelait Bah Oury dans un entretien à Jeune Afrique à l’occasion de l’an un de sa nomination, « le pays était dans une situation particulièrement difficile, en raison de l’explosion du dépôt de carburant, avec ses conséquences économiques et sociales, et d’une exacerbation politique intense. » « Mais la résilience des Guinéens et la dynamique instaurée par le président de la République et le nouveau gouvernement ont permis de redresser la barre, d’avoir ce climat relativement serein que nous apprécions à sa juste valeur, renchérissait-il. Certes, il y a encore du travail. Nous voulons faire en sorte que la Guinée, à moyen terme, sorte définitivement des crises structurelles qui l’ont marquée pendant des décennies. » Des propos difficilement contestables. Ce qui l’est, en revanche, c’est la méthode par laquelle on est arrivé à cette sérénité relative : exclusion politique, musellement médiatique, disparitions, emprisonnement…

Un décret a situé le Premier ministre sur son sort ; un autre a accentué les doutes et craintes des membres d’un gouvernement à meubler. Ce dernier annonce une équipe remaniée, en fusionnant notamment le ministère de l’Économie et celui du Budget ; le Commerce et l’Industrie ; les Télécoms et la Communication ou encore la Jeunesse et les Sports. Conséquence, on passe de 34 à 29 ministres (les secrétaires du Gouvernement et Affaires religieuses compris).

Il va donc de soi que certains seront laissés en rade. Doumbouya aurait promis de ne pas se séparer de ceux qui, comme Cellou Baldé (Jeunesse) Mariama Ciré Sylla (Agriculture), n’ont rejoint le gouvernement qu’en juillet 2025. L’avenir le dira.   

Diawo Labboyah Barry