L’interrogation de Moussa 2 Kamissoko, actuel directeur général de la Banque nationale d’investissement de Guinée (BNIG), dans le dossier qui oppose son prédécesseur Alpha Mohamed Kallo et Cie à l’État guinéen, s’est poursuivie ce 15 février à la Crief.

Me Jean-Baptiste Jocamey Haba, avocat de l’ex-directeur général de la BNIG, soutient que d’octobre à mars 2021, la BNIG était sous contrôle de la Banque centrale de la République de Guinée. Durant cette période, Me Haba a indiqué que son client n’a signé aucun octroi de crédit.

Interrogé à propos, Moussa 2 Kamissoko, actuel directeur général de la BNIG, qui comparaît à titre de renseignement, déclare que tous les dossiers de crédit qu’il a trouvés à la banque, aucun n’aurait été ordonné de virement par la Banque centrale. Même que toutes les autorisations de virement de crédit à des clients ne comportent que la signature de l’ancien directeur de la BNIG. « Est-ce que vous avez un dossier que Alpha Mohamed Kallo aurait accordé de crédit à un proche ? », veut savoir Me Haba.

Moussa 2 Kamissoko affirme que son prédécesseur aurait accordé des crédits à des proches, mais cela n’est pas interdit, si cela est effectué dans les règles de l’art. « Mais je n’avais pas fouillé en profondeur pour en être sûr », déclare-il.

Parlant des clients « fictifs », Moussa 2 Kamissoko préfère le terme « bénéficiaires inconnus » qui se dénombrent, selon lui, à 65 individus ayant bénéficié des ordres de virement de crédit sous la gestion de l’équipe d’Alpha Mohamed Kallo.

Le président de la Cour, Yagouba Conté, est revenu sur le budget de fonctionnement de la banque en quatre mois: 119 500 000 Gnf. « Nous n’avions trouvé aucune pièce justificative ni aucun franc dans la banque après notre prise de fonction en avril 2021. Pourtant, le montant avait été décaissé (cash) pour le besoin de la banque. Mais je pense que ce montant est raisonnable pour quatre mois de fonctionnement », affirme l’actuel DG de la BNIG.

À la barre, Alpha Mohamed Kallo, en prison depuis juillet 2022, indique que son successeur Moussa 2 Kamissoko ne maîtrise pas le dossier. Selon lui, il n’avait aucun pouvoir et aucun droit d’octroyer un marché ou crédit à un client. « C’est le comité d’investissement composé d’une vingtaine de personnes et mis en place par le Conseil d’administration de la banque qui octroie de crédit et de marché. »

Selon lui, tous les ordres de virement sont validés par la Banque centrale où sont logés les sous de la BNIG. « Tous les prêts sont virés de la Banque centrale aux banques primaires qui hébergent les comptes des bénéficiaires de crédit. Donc, les clients sont clairement identifiés. On ne peut parler de fictifs dans la mesure où les bénéficiaires de crédit de la part de la BNIG ont des comptes bancaires, donc sont largement identifiables. Surtout que les crédits qu’ils bénéficient sont validés et virés par la Banque centrale », se défend Alpha Mohamed Kallo.

Le président de la Cour, Yagouba Conté, a renvoyé l’affaire au 8 avril pour réquisition et plaidoiries.

Alpha Mohamed Kallo, Ibrahima Tounkara (hors du pays), Maurice Eugène Alecaut, Afriland First Bank et les sociétés Ejico et Djoliba pêche sont poursuivis par l’État pour détournement de deniers publics, corruption d’agents publics, enrichissement illicite, faux et usage de faux en écritures publiques, entre autres.

Yaya Doumbouya