Lors de la fouille dite inopinée qui a servi d’alibi au transfèrement d’Aboubacar Diakité dit Toumba de l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie à la prison civile de Coyah, le 10 février, un demi-milliard de francs glissants auraient été dénichés au gnouf. Et ce en dépit de la crise de liquidité qui secoue le bled.

La « fouille inopinée » a permis de saisir, selon la DCI (Direction de la communication et de l’information) de la présidence, des substances prohibées : cannabis, crack, tramadol, valium, téléphones portables, armes blanches. On y a trouvé aussi des substances licites. Une denrée rare par les temps qui courent en Guinée : du fric. Du franc et du dollar ricain. Les langues volubiles évoquent la coquette somme de 500 millions de francs glissants saisis.

Un magot qu’un client, libre de ses mouvements, ne pourrait obtenir au guichet de nos banques commerciales, où les retraits sont plafonnés à moins du centième des 500 millions saisis : soit 2 millions de francs glissants précisément en moyenne. Interminable crise de liquidité oblige.

Il y a quelques mois, la BCRG (Banque centrale de la République de Guinée), qui préfère parler de crise de billets à celle de liquidité (allez comprendre la différence), avait promis l’injection de près de 3 000 milliards de francs glissants pour satisfaire la demande. A l’approche de la présidentielle du 28 décembre dernier, notamment durant la période de campagne, on a remarqué la présence de nouveaux billets de banque dans le circuit financier. Puis après le scrutin, ils ont disparu. Aujourd’hui, même les vieilles coupures sont en nombre limité. Vous avez beau disposer d’un compte bien garni, vous n’en disposerez pas à votre guise. Et pourtant, c’est votre argent. A priori.

C’est dans un tel contexte de rareté de billets dans les caveaux des banques que le cash circule à flot derrière les barreaux. Des aigris ironisent que la Guinée, « notre paradis », se vit en prison. Où le business est florissant. Sans impôt, ni taxe. A part ceux qu’imposerait l’administration pénitentiaire aux détenus.

« Vache laitière des chefs »

Car la Maison centrale de Cona-crimes, que votre Satirique appelle affectueusement Hôtel cinq étoiles de Coronthie, fonctionne comme un palace digne de son nom. Vous voulez utiliser un ventilateur, un téléphone, un poste téléviseur, dormir sur un matelas ou jouir d’autres commodités dans votre cellule ? Il vous suffit de casser votre tirelire. Qu’est-ce qu’on ne marchanderait pas dans notre bled ?

Dans l’administration guinéenne, pénitentiaire comprise, on arrive à un poste comme on va à l’aventure ou on lance son business privé. La seule chose qui vaille, c’est de se remplir les poches. Nommé en juillet 2023 régisseur par intérim, Thierno Sadou Diallo, ancien détenu qui a soutenu sa thèse en prison avant d’être gracié par l’ancien Prési Alpha Grimpeur, a été discrètement relevé de ses fonctions. Ce dernier a été remplacé par Moriba Camara, jusque-là régisseur à Kankan.

Celui-ci « a la bénédiction du cabinet de l’ancien ministre. Il rendait compte financièrement à quelqu’un du cabinet depuis sa position à Kankan. Puis ce dernier étant très influent auprès du ministre sortant l’a emmené à la Maison centrale. Le compte rendu était hebdomadaire, sans compter d’autres chefs qui passent régulièrement récupérer leur carburant auprès de lui. C’est pourquoi, le coin est devenu la vache laitière de certains chefs et lui aussi s’organise comme il peut par tous les moyens », souffle une source proche de l’administration pénitentiaire.

Au moment où nous mettions sous presse, le Régisseur n’avait pas encore réagi à nos sollicitations.

Diawo Labboyah