Un rapport de l’Initiative mondiale contre le crime organisé (GI-TOC) publié ce 3 mars 2026 établit la « Cartographie des marchés des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest ». Cette étude analyse leur essor rapide et leur diversification accélérée ces cinq dernières années, dans la sous-région. Ses conclusions : elles y sont bon marché et extrêmement addictives, à l’instar du kush particulièrement consommé en Sierra Leone, des métamphétamines largement présentes au Nigeria, ou de l’ecstasy qui domine notamment au Sénégal ou en Gambie.
Le marché ouest-africain des drogues de synthèse a longtemps été dominé par le tramadol. Durant les années 2010, un premier laboratoire de fabrication de méthamphétamine est découvert au Nigeria. Les années suivantes, d’autres drogues synthétiques font leur apparition, rendant le phénomène de plus en plus difficile à appréhender et à contrôler.
Depuis cinq ans, ce marché a connu une expansion très rapide et une diversification inquiétante. Les opioïdes de synthèse comme le tramadol ou le nitazène en particulier dominent le marché, suivis par la métamphétamine, les cannabinoïdes de synthèse et, dans une moindre mesure, l’ecstasy.
Un marché de la drogue de plus en plus diffus et complexe
Le prix du kush ou de la métamphétamine est particulièrement attractif, puisque ces drogues sont fabriquées ou synthétisées directement en Afrique de l’Ouest, grâce à des produits chimiques importés d’Asie ou d’Europe. Des « précurseurs » qui peuvent être achetés directement sur Internet. Ils sont ensuite importés, parfois en petites quantités, via des services de courrier classique, avant d’être assemblés localement.
Cette facilité de production a permis l’entrée de nombreux acteurs criminels sur un marché de la drogue de plus en plus diffus et complexe. La diversité des synthétiques disponibles dans la région rend en outre leur détection, leur identification et leur saisie particulièrement difficiles pour les forces de l’ordre.
L’enquête de la GI-TOC permet ainsi de mettre à jour certaines tendances nouvelles sur le marché des drogues de synthèse en Afrique de l’Ouest, notamment l’émergence du Captagon depuis 2021 : ce psychostimulant de la famille des amphétamines est produit illégalement, principalement en Syrie. L’arrivée – encore limitée – de ce produit en Afrique de l’Ouest serait liée à la diversification des routes par les producteurs syriens, forcés de réduire les flux vers les pays arabes.
« Une nouvelle drogue synthétique s’apprête sans doute à envahir le marché »
Lucia Bird, Directrice de l’Observatoire des économies illicites en Afrique de l’Ouest et co-autrice du rapport, souligne ainsi : « Nous avons découvert une diffusion très importante de la métamphétamine au Nigeria, en particulier. Autrefois, ce phénomène était concentré dans le sud-est du pays. Mais notre recherche montre la présence aujourd’hui de métamphétamine dans de nombreuses villes et dans plusieurs régions du nord du Nigeria. La métamphétamine a été régulièrement citée comme la drogue la plus consommée, en particulier par les « Yahoo Boys », ces jeunes spécialisés dans les crimes et extorsions en ligne. » Elle poursuit : « Deuxièmement, notre enquête a mis en évidence des saisies répétées de Captagon, en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, mais à destination du continent. »
Lucia Bird conclut : « Cela montre bien qu’une nouvelle drogue synthétique s’apprête sans doute, encore une fois, à envahir le marché, même s’il est difficile de dire à ce stade quels consommateurs exactement sont visés. Il y a des rapports qui parlent d’une consommation limitée en Sierra Leone, avec l’hypothèse que cette drogue serait trafiquée par les groupes armés sahéliens. Mais cela nécessite encore une investigation plus poussée ».
Par RFI


