Le médecin après la mort ? En tout cas 48 heures après l’enlèvement d’Hadja Asmaou Diallo, 80 ans et de sœur Hadja Binta Kamara à Dinguiraye le 3 mars, respectivement mère et grande-sœur de l’ancien ministre Tibou Kamara, le procureur général près la Cour d’appel de Kankan a annoncé ce 5 mars l’ouverture d’une enquête. Un exercice habituel, d’autant plus que les précédentes enquêtes, liées à des kidnappings, n’ont jamais abouti. Le parquet qualifie les faits de grave atteinte aux libertés fondamentales et d’une particulière gravité, mais nombreux observateurs y voient une mise en scène. Ils illustrent cela le fait 48 heures après le rapt, le parquet affirme ne disposer aucune information sur les auteurs de cet énième kidnapping.
Seulement voilà, le procureur Marwane Baldé s’indigne comme tout le monde, déclarant que les faits sont susceptibles de recevoir les qualifications pénales sous réserve des résultats des investigations : enlèvement et séquestration de personnes, association de malfaiteurs, détention illégale d’armes, prévus et punis par les articles 303, 784, 848 et suivants du Code pénal. Il a indiqué avoir instruit le procureur de la République près le tribunal de première instance de Faranah, les juges de paix de Dinguiraye et de Dabola à ouvrir immédiatement une enquête judiciaire approfondie contre X. De requérir les services compétents de police judiciaire pour mener les investigations utiles, identifier, interpeller et déférer devant les juridictions toute personne impliquée, en qualité d’auteur, co-auteur ou complice.
Il y a plus d’un an, le parquet général de Conakry avait annoncé l’ouverture d’une enquête à la suite des enlèvements des acteurs de la société civile Oumar Sylla alias Foniké Mengué et Mamadou Billo Bah. Non seulement il n’y a pas eu de suite favorable, cela n’a non plus mis fin aux enlèvements. Au contraire, c’est devenu pire : le journaliste Habib Marouane Camara ; l’ancien secrétaire général du ministère des Mines Saadou Nimaga ; El Hadj Adama Keita, 75 ans, père du journaliste Mamoudou Babila Keita ; les enfants et le frère de l’artiste Elie Kamano ; des militants de l’Union des forces démocratiques de Guinée, Mamadou Bori Barry (Mabory), Néné Oussou Diallo.
A ce jour aucune enquête n’a révélé le lieu de détention ni les kidnappeurs. Ces nombreux cas mettent en épreuve la justice guinéenne.
Ibn Adama


