Le procès des présumés assassins de l’opérateur comique, El Hadj Hassimiou Diallo, s’est ouvert le 5 mars au tribunal criminel de Dixinn. 17 personnes y sont renvoyées pour « assassinat en bande organisée, détention illégale d’arme de guerre, association de malfaiteurs, vol à main armée et recel. » Karamo Keïta, Sékou Loua et Mohamed Soumah alias Passy reconnaissent avoir opéré dans des quartiers de Cona-cris, mais jamais chez le défunt.
Courant août 2024, El Hadj Hassimiou Diallo, quinquagénaire, opérateur comique, est tué lors d’une opération de vol à main armée au quartier Koboyah, dans la commune de Sonfonia. Une mort tragique qui avait ému plus d’un.
Près de deux après les faits, le groupes d’accusés sont jugés pour ce crime crapuleux et pour 10 autres cas de vol à main armée et braquages à travers Cona-cris : Karamo Keïta alias Moko, Alghassimou Diallo alias Hassimiou, Mamadou Oury Bah alias Paolo, Boubacar Baldé alias Papa, Sékou Loua, Bademba Diallo alias Centrale C, Mohamed Soumah dit Passy, Youssouf Touré dit Papy Bourourè, Mohamed Condé (Pepe), Thierno Mamadou Diarouga Diallo, Daouada Kourouma (Dako), Tall alias Tolo (en fuite), Gnankouma alias Doua ( en fuite), Kartel (en fuite), Mamadou Oury Diallo alias Garnett ou Soufiane, Ibrahima Bangoura alias Sama et Thierno Amadou Diallo.
A la barre, Karamo Keïta nie totalement avoir participé à l’attaque ayant occasionné la mort d’El Hadj Hassimiou Diallo. L’accusé qui s’était déjà retrouvé en taule en 2000, pour détention de chanvre indien, assure n’avoir opéré qu’une seul fois à la T6 : « J’ai été interpellé seul, à 7 heures du matin par des agents du commissariat central de Matoto. Mon problème n’est pas lié à celui de l’assassinat du commerçant. Je n’ai rien à dire à ce sujet. »
Vols en série
Karamo Keïta admet avoir été interpellé en possession d’une arme AK47. L’accusé réfute qu’elle aurait servi dans l’attaque du domicile d’El Hadj Hassimiou Diallo : « L’arme ne m’appartient pas, il est à mon grand Paolo. Le jour de mon arrestation, nous revenions d’une opération à la T6, je partais remettre l’arme à un de ses petits. C’est la seule opération à laquelle j’ai participé. »
Après l’assassinat d’El Hadj Hassimiou, les attaques à main armée s’intensifient à Cona-cris : T6, Yattayah-Fossidet, T8 dans une vitrerie, Madina-Bordeaux…Toutes portent pratiquement la même marque : attaques nocturnes, sous la pluie. Karamo Keïta est le premier à tomber dans les filets des flics. Ceux-ci l’utilisent pour mettre le grappin sur les autres membres de la bande. Les arrestations se multiplient. Mais à la barre, Keïta nie tout : « Je n’ai dénoncé que le propriétaire de l’arme. » Des déclarations qui contrastent avec celles faites à l’enquête de police et devant le juge d’instructions, où il reconnait tout : sa participation à des opérations à Lambanyi où il a eu 5 millions de francs glissants et à T6 (23 millions de francs glissants). « J’ai fait ces déclarations pour qu’on arrête de me torturer. Ce sont des choses imaginaires », insiste l’accusé face au juge.
Démasqués par les caméras de surveillance
Une semaine pratiquement après le décès d’El Hadj Hassimiou Diallo, une autre attaque est perpétrée à la T8. Les malfrats dévalisent une vitrerie, emportent 10 de millions de francs glissants. Sékou Loua et Mohamed Soumah alias Passy sont démasqués par les caméras de surveillance. « Pour la T8, je suis coupable, avoue le premier. Je reconnais ce qui s’y est passé. J’ai honte de moi là où je suis arrêté. »
Sékou Loua développe sa stratégie de défense : « Je venais d’arriver à Conakry, sans travail et ma femme enceinte. J’ai rencontré Chérif dans un bar, je lui ai dit de m’aider à avoir du boulot…Il m’a appelé un jour, pour l’accompagner quelque part. Une fois à la T7, il m’a dit de les suivre dans une voiture blanche. Arrivé à la T8, je vois que tout le monde porte des cagoules…J’ai eu peur, mais je les ai suivis. A la vitrerie, je suis resté dans la cour, je me suis même bagarré avec le gardien. Ils ont opéré, m’ont donné 2 millions de francs guinéens. Arrêté une semaine plus tard, j’ai reconnu les faits.»
Pour l’attaque de Kobayah, il écarte sa participation du revers de la main alors qu’il aurait soutenu le contraire à l’enquête. A Kobayah, Sékou Loua et Mohamed Soumah auraient joué les guetteurs. Le premier aurait escaladé le mur pour ouvrir le portail. Mohamed Soumah est encore plus catégorique : « Je ne suis jamais allé à Kobayah. Je ne connais même pas ce groupe.»
Pour la vitrerie de la T8, lui qui se présente comme un conducteur de mototaxi accuse Daouda Kourouma alias Dako de l’avoir induit en erreur : « Il m’a dit d’accompagner son grand, Gnankouma Doua. Ce dernier m’a conduit à la T8, je n’imaginais même pas ce qui allait s’y passer. » Mohamed Soumah en a pourtant tiré profit : « Ils m’ont donné 1 800 000 francs guinéens.»
A l’audience, Douada Kourouma alias Dako n’étais pas présent. Il a été transféré à Kindia suite aux incidents liés au transfèrement de Aboubacar Diakité dit Toumba à la Maison centrale de Coronthie. Un déplacement par erreur, selon le juge. Le parquet promet que Dako sera présent à la prochaine audience, le 26 mars. Insh’Allah.
Yacine Diallo


