En plénière jeudi 5 mars dans l’hémicycle rectangulaire du Palais du peuple de Cona-cris, le CNT, Conseil national de la transition, a examiné et adopté la loi de Plan 2026-2040 relative au Programme de développement socio-économique « Simandou 2040 ». Il a aussi approuvé le projet de loi-programme 2026-2030 encadrant la première phase de mise en œuvre du projet. Le texte a été adopté à la majorité des Conseillés présents.
Initialement prévue à 15h, la plénière n’a finalement débuté que vers 18h, pour s’achever aux environs de 22h. Plusieurs hauts-cadres (en bois) de l’exécutif ont participé à la plénière : le Premier des ministres Amadou Oury Bah, le prési du Comité stratégique de Simandou 2040 Dji-bas Diakité, le ministre secrétaire gérant à la Présidence Amara Cas-marrant, ainsi que des ministres, dont la patronne du Budget anémié, de l’Économie et des Pitances, du corps diplomagique et consulaire.
Saisie en procédure d’urgence par le goubernement, la Commission du Plan, des affaires financières et du contrôle budgétaire du CNT a coordonné l’examen des projets de loi. Les commissions permanentes ont été réparties en trois commissions conjointes selon leurs domaines de compétence. Les travaux se sont déroulés du 27 février au 2 mars. Dans son rapport d’une vingtaine de pages, la Commission a mis en exergue la nécessité d’accélérer la croissance économique, diversifier les sources de richesse nationale et créer des emplois.
Le CNT explique que le Programme Simandou 2040 s’articule autour d’un portefeuille ambitieux de projets et de réformes structurants. Parmi les objectifs annoncés : une croissance économique moyenne de 10,3 % par an, un PIB projeté à environ 152 milliards de dollars à l’horizon 2040, contre environ 35 milliards actuellement, une diversification de l’économie afin de réduire la dépendance aux secteurs traditionnels, la création de plus de 5 millions d’emplois supplémentaires et une amélioration significative des revenus et des conditions de vie du populo. Amen !
Des paquets de dollars
Le CNT, révèle que Simandou-2040 repose sur une transformation systémique combinant investissements massifs, réformes institutionnelles et modernisation de l’État. L’institution précise que le Programme s’inscrit dans la continuité des stratégies et plans déjà élaborés par les ministères et institutions de la République. Son élaboration prendrait en compte plusieurs cadres régionaux et internationaux, notamment la Vision de la CEDEAO, l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable (ODD) à l’horizon 2030.
Dans sa conception initiale, le Programme Simandou 2040 comprend 39 réformes et 122 mégaprojets, répartis en 345 projets, pour un coût global estimé à 330 milliards de dollars ricains sur la période 2026-2040. Le Programme s’articule autour de deux archétypes de croissance : l’économie de ressources et l’économie de destination.

De ces orientations, découlent cinq piliers stratégiques, dont le financement est planifié sur 15 ans : Agriculture, industrie alimentaire et commerce, 10 réformes pour environ 65 milliards de dollars. Éducation et culture, 5 réformes pour 40 milliards de dollars. Infrastructures, transports et technologies, 10 réformes pour 100 milliards de dollars. Économie, finance et assurance, 5 réformes pour 1,5 milliard de dollars et enfin Santé et bien-être, 3 réformes pour 30 milliards de dollars. Ces piliers s’appuient sur des réformes transversales, notamment la modernisation de l’État, la lutte contre la corruption, la réforme des forces de défense et de sécurité ainsi que la professionnalisation de l’administration publique.
La ‘’Delivery Unit’’
Afin de garantir une mise en œuvre efficace du programme, un organisme public dénommé Delivery Unit (DU) a été créé par décret présidentiel et placé sous tutelle directe du Président de la République. Sa mission ? Assurer la coordination stratégique, veiller à l’alignement entre les ministères et les structures d’exécution, garantir le respect des délais, des budgets et des objectifs et lever les blocages opérationnels.
Cependant, l’examen du projet de loi de Plan et du décret portant création de cette structure a fait apparaître la nécessité de clarifier ses attributions, afin d’éviter des conflits de compétences avec les ministères, écrit le CNT.
Dans la version amendée du texte, le CNT précise dans l’article 5, que la Delivery Unit sera désormais chargée principalement du suivi et de l’évaluation des projets, sans intervenir dans leur exécution. Celle-ci relève exclusivement des ministères et des structures sectorielles compétentes, conformément à l’organisation administrative de l’État.
Des risques pullulent
Selon l’organe transitoire, la mise en œuvre effective du programme devrait permettre à la Guinée d’enclencher, d’ici 2040, un véritable décollage économique. « Le Programme vise à moderniser les secteurs productifs et sociaux : mines, agriculture, industrie, services, éducation et santé ainsi que les infrastructures et les travaux publics. L’impact social attendu serait également important, en matière de réduction de la pauvreté et des inégalités, d’inclusion des jeunes et des femmes et de stabilisation socio-économique. »

Toutefois, le CNT souligne plusieurs facteurs de risque susceptibles de freiner la mise en œuvre du Programme. Parmi eux, figurent la persistance des tensions au Moyen-Orient pouvant provoquer une hausse des prix du carburant, les difficultés de mobilisation des financements auprès des bailleurs internationaux et du secteur privé, la crise de liquidité, l’insuffisance de sources d’énergie, l’instabilité sécuritaire dans le Sahel (Mali, Burkina Faso et Niger), ou encore les risques de corruption et de mauvaise gouvernance. À cela, s’ajoutent l’insuffisance de main-d’œuvre nationale qualifiée, les incertitudes liées à l’éventuelle création d’une monnaie unique en Afrique de l’Ouest et les probables tensions politiques lors des futures échéances électorales.
Opportunités ou risques ?
Présentant le rapport de la commission, N’Gouamou Fabara Koné a estimé que le Programme Simandou 2040 constitue « une opportunité historique » pour la Guinée. Selon lui, il offre au pays la possibilité de transformer son immense potentiel minier en un véritable levier de développement capable de moderniser en profondeur l’économie nationale. « S’il est mis en œuvre avec rigueur, discipline budgétaire, bonne gouvernance et engagement collectif, ce Programme pourrait permettre à la Guinée d’entrer dans une nouvelle phase de son histoire économique et sociale, marquée par une croissance soutenue, une diversification réelle de l’économie, une industrialisation progressive et une amélioration substantielle des conditions de vie des populations », a-t-il affirmé.
Avant l’adoption du texte, le CNT a formulé une quinzaine de recommandations visant à améliorer l’exécution du Programme. L’institution a proposé 45 projets supplémentaires et 38 réformes additionnelles.
Le Conseil national de la transition précise que le goubernement devra présenter, au plus tard le 31 mars de chaque année, un rapport détaillé au Parlement et à la Commission nationale pour le développement sur l’état de mise en œuvre du Programme Simandou 2040, pour l’année écoulée.
Abdoulaye Pellel Bah



