Le 6 mars, tard dans la soirée, le mystère de l’Administration du trottoir et de la décentralisation a dissous une quarantaine de partis politiques, dont les plus grands. Un Nouveau putsch qui enterre la démocratie guinéenne.
Le 5 septembre 2021, Mamadi Doum-bouillant renverse Alpha Grimpeur. Ce 6 mars, il enterre l’opposition. Un important pallier de plus franchi vers le retour du parti-État en Guinée. Le gêné-râle 2e section, Ibro Kalil Condé, qui avait donné jusqu’à mai prochain aux formations politiques pour se conformer à leur nouveau régime juridique, prend les devants. Il raccourcit le deadline pour une quarantaine de formations politiques. Et non des moindres.
L’Union des forces démocratiques de Guinée de la Petite Cellule Dalein Diallo, le Rassemblement du peuple de Guinée d’Alpha Grimpeur, l’Union des forces républicaines de Sid Touré, mais aussi l’Union pour le progrès de la Guinée de feu Lapin Doré. Même des partis alliés au pouvoir sont du lot des dissous : GDE d’Aboubacar Sous-mât, FND de Makanéra Caquet (qui a demandé d’en être exclu pour lui permettre d’adhérer à la GMD), GRUP de Papa Colis Kourouma….
L’ex-parti unique, le PDG-RDA, qui a régné en maître absolu du bled de 1958 à 1984, disparaît aussi. Il n’a pas à en rougir, la GMD-Bâtir ensemble du Doum-bouillant lui tient valablement lieu de digne héritier.
Le MATD justifie sa décision par des manquements que les partis concernés n’auraient pas voulu ou pu combler. Selon l’arrêté ministériel, la dissolution entraîne la perte immédiate de la personnalité morale et juridique. Leurs sièges sont désormais sous scellés et leurs patrimoines (pour ceux qui en ont) sont placés sous séquestre, dans « l’attente de la désignation d’un liquidateur chargé d’organiser la dévolution des biens.»
« Nous payons pour notre amitié avec l’UFDG »
L’Union des forces démocratiques de Guinée est dissoute, principalement pour n’avoir pas pu organiser son congrès. Un congrès annoncé à plusieurs reprises, sans jamais avoir lieu. Le conflit latent entre le parti et ses cadres exclus, notamment Ousmane Gawa Diallo, est passé par là. A chaque date annoncée, le MATD exige un congrès inclusif ouvert aux dissidents qui ont rejoint le navire gouvernemental. Il n’aura finalement pas lieu. Au grand dam des militants et responsables.
Pour Souleymane Souza Konaté, le populo vient de subir un autre coup d’État : « Cette dissolution constitue une véritable parodie politique dont l’objectif est l’instauration d’un parti unique en Guinée et le musellement définitif de toutes les voix discordantes…Elle constitue aussi le troisième coup d’État porté contre le peuple de Guinée, après la prise du pouvoir lors du coup d’État du 5 septembre 2021 et le hold-up électoral du 28 décembre.»
Un autre responsable du parti qui requiert l’anonymat confie que l’UFDG se prononcera officiellement à l’issue d’une prochaine réunion : « On peut dissoudre un parti, mais pas l’état d’esprit et la détermination de ses militants », prévient-il toutefois. Une menace qui s’apparente aux derniers coups de sabot d’un cheval mourant.
Les éliminatoires avant les législatives
Abdoul Salam Sow, fédéral de l’UFDG de la commune de Gbessia, qualifie la dissolution de « tentative brutale d’effacer d’un trait un parti politique, des années de lutte et des sacrifices consentis par des milliers de Guinéens. »
Le Parti du renouveau et du progrès de Raphiou Show est également rayé de la carte. On l’avait suspendu en 2025 pour 90 jours, faute de liste des membres adhérents et de comptabilité. Le prési du parti jure pourtant avoir rectifié rapidement le tir. Il crie à l’injustice : « Nous avons satisfait toutes les demandes du MATD. Nous avons tous les accusés de réception. C’est de l’injustice pure et dure.»
Rafiou Show est convaincu qu’il paie pour son idylle avec l’UFDG. Il y voit la main noire de la dirlo gênante des sélections : « Djénabou Touré a animé une conférence de presse, elle a affirmé haut et fort que je parle plus de l’UFDG que de mon parti. Moi, je n’ai rien à reprocher à Mamadi Doumbouya. C’est Djénabou Touré qui m’en veut. C’est la force qui règne.»
Moussé Show préfère prendre son mal en patience : « Nous ne pouvons que nous taire et attendre. Tôt ou tard, la roue va tourner. Nous nous en remettons au bon Dieu.» C’est ramadan et carême, Dieu n’est pas loin. La justice des hommes ? « Cela ne sert à rien », coupe-t-il court.
L’autre parti qui subit les foudres du MATD, le PDG-RDA. Un retour du bâton pour l’ancien parti unique. Pour Oyé Béavogui, ancien secrétaire gênant par intérim, le MATD aurait dû épargner le PDG-RDA à cause de son passé : « Il s’agit d’un événement triste et regrettable que nous condamnons fermement. L’État guinéen aurait dû savoir raison garder et éviter une décision qui porte atteinte à la mémoire du symbole de la lutte héroïque menée par nos illustres devanciers.»
A présent, les sélections législatives et locales peuvent se tenir. Sereinement.
Yacine Diallo



