Le périmé ministre des Grises mines, Ahmed Kanté, reconverti en opérateur minier, a repris en main l’exploitation de la bauxite sur les plateaux de Boffa. Pour que leurs affaires fleurissent, le boss de la société AGB2A-CIC et son partenaire chinois ont dû mouiller le maillot sur le terrain politique au profit du pouvoir guinéen.
En 2025, dans un élan de souverainisme minier, les autorités guinée-haines ont retiré plus de 300 permis miniers à des sociétés nationales et internationales, dont les plus en vue sont GAC et Axis Minerals. Le permis de cette filiale indienne en Guinée, obtenu en novembre 2018, couvre un périmètre de 425,36 km² des plateaux bauxitiques de Boffa, Fria et Dubréka. Elle avait amodié ce permis à l’Alliance guinéenne de bauxite, d’alumine et d’aluminium (AGB2A), formée de deux actionnaires miniers : Guinea international corporation-GIC d’Ahmed Kanté et de Sun Da Mining-SD Mining, une société privée chinoise.
Lorsque le permis a été retiré en 2025, Ahmed Kanté a misé sur son soutien aux autorités. Il s’est investi à les soutenir, dans l’espoir de reprendre le contrôle sur les mines d’Axis Minerals dont le permis est réparti entre GIC et SD Mining. L’ex-ministre de l’air Fory Coco et dirlo périmé de la Soguipami (Société guinéenne du patrimoine minier) a parcouru le bled en faveur de l’adoption de la Constitution de septembre dernier, ainsi que l’élection du Prési Mamadi Doum-bouillant à la magistrature suprême de décembre. Il n’a pas lésiné sur les moyens : distribution des motos, des t-shirts, lecture du Coran pour les autorités… (Excusez du peu !)
Pari gagnant. En décembre 2025, après sept mois d’arrêt, le ministère des Grises mines, piloté par Bouna le Scylla du goubernement, a autorisé AGB2A-GIC à reprendre ses activités suite à la signature d’un protocole transactionnel avec le mystère. Selon l’accord, la société devra verser directement les royalties au mystère des Grises mines. Pas à Axis Minerals, comme par le passé. Mais, AGB2A-GIC, comme SD Mining, devra s’offrir un nouveau permis minier afin de continuer à exploiter et à exporter la bauxite sur les plateaux d’Axis Minéral, car celui-ci est déjà sur la touche, pour l’heure. Il poursuit la Guinée devant les tribunaux d’arbitrage pour retrait « illégal » de son permis minier.
« Implication personnelle » de Doum-bouillant
AGB2A (GIC et SD Mining) avait signé avec Axis Minerals le contrat d’amodiation minière en mars 2019, obtenant ainsi le droit d’exploitation de l’ensemble du périmètre des mines d’Axis. La validité du contrat d’amodiation devait courir jusqu’à la faim de l’exploitation de toutes les ressources bauxitiques. Sauf que l’État guinéen a retiré le permis d’Axis en mai 2025.
Lors de la célébration de la reprise des activités d’AGB2A-GIC à Boffa en décembre 2025, Ahmed Kanté a salué « l’implication personnelle et l’appui » du Prési Mamadi Doum-bouillant dans le règlement de la crise. Pour célébrer l’événement, une cérémonie de lecture du Coran a réuni sages, religieux, employés, responsables de la société ainsi que le populo riverain de la mine. Des noix de colas ont été croquées à l’occasion, des rabbanas psalmodiés. « Des centaines de permis avaient été retirés, mais dans cette épreuve, nous avions choisi une posture de résilience : de ne rien faire au risque de perturber la marche du pays vers l’émergence. Nous nous sommes associés à cette grande entreprise, notamment à la mise en place des structures solides sur lesquelles la Guinée devait être bâtie : l’adoption de la Constitution, l’élection présidentielle », déclarait Ahmed Kanté, triomphaliste.
Marché de dupes, démêlés judicaires
Sinohydro, l’argentier de gros sous-traitant d’AGB2A-GIC, aurait pour sa part mis la main à la poche pour satisfaire les conditions financières exigées par le ministère des Grises mines dans le cadre de l’accord transactionnel avec la société d’Ahmed Kanté. Société publique chinoise, qui a construit l’Échangeur de Bambéto, Sinohydro était arrivée en Guinée pour travailler dans le BTP. Elle a fini par embrasser le juteux secteur minier. De Kindia à Nzérékoré en passant par Labé, son patron Mu Guofeng était sur tous les fronts de la promotion du projet de nouvelle constitution, aux côtés de son partenaire Ahmed Kanté. Et ce au mépris des lois régissant les entreprises publiques chinoises qui, selon des juristes, interdisent à leurs responsables de se mêler de la politique dans leurs pays d’accueil. Quoiqu’en Guinée, affaires et politique ont l’air de faire bon ménage.
Avant le retrait du permis amodié, Sinohydro formait un tandem avec Wenfeng, une autre entreprise privée chinoise. Le duo appuyait techniquement et financièrement AGB2A-GIC. Une fois le permis retiré, puis réattribué dans les conditions décrites plus haut, Wenfeng s’est vu écartée. La société veut être dédommagée, sous peine de trimballer Sinohydro en justice.
Ahmed Kanté se débat quant à lui dans d’interminables procédures judiciaires. Il est poursuivi par Fatoumata Binta Dramé, veuve de Claude Lorcy, pour « abus de confiance, faux et usage de faux en écritures publiques ». Il aurait piqué le projet GIC au Français Claude Lorcy. Après le décès de ce dernier, dame Lorcy mène le combat devant la Crief. Elle accuse Ahmed Kanté de s’être « frauduleusement » approprié des parts de son défunt mari, « le concepteur » du projet. Le procès s’est ouvert le 25 février à la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières. Sans le prévenu. Ahmed Kanté manquera les audiences suivantes. Le ministère public a sollicité auprès de la Cour un mandat d’arrêt contre le boss d’AGB2A-GIC. Sans succès, jusque-là.
Ahmed Kanté avait déjà eu des démêlés judiciaires avec le Russe Alexandre Zotov. Cet autre associé dans le même projet l’avait poursuivi pour « abus de confiance et de concurrence déloyale ». Mais le tribunal de première instance de Kaloum avait relaxé Ahmed Kanté en mai 2025.
Yaya Doumbouya


