À l’approche de l’édition d’avril 2026 des « 72 heures du Livre » de Conakry, un constat amer s’impose à quiconque observe notre paysage intellectuel. Depuis la création de cet événement, jamais Tierno Monénembo, le plus grand écrivain contemporain de notre pays, n’a été officiellement honoré sur sa propre terre. Alors que ce salon s’apprête une nouvelle fois à devenir la vitrine de notre génie littéraire, l’absence systématique de reconnaissance envers l’auteur ne peut plus être perçue comme un simple oubli logistique. En effet, jamais Tierno Monénembo, le plus grand écrivain contemporain de notre pays, n’a été officiellement honoré par cet événement majeur.
Alors que ce salon se veut la vitrine de notre génie littéraire et un carrefour de l’esprit, l’absence systématique de reconnaissance envers l’auteur du Roi de Kahel et du Terroriste Noir ne peut plus être perçue comme un simple oubli logistique ou un aléa de calendrier. C’est une mise à l’écart délibérée, un acte d’ostracisme dicté par la politique politicienne et les calculs ethnostratégiques qui gangrènent notre cohésion nationale.
Il est pourtant question d’un monument de la littérature mondiale. Né à Porédaka, Tierno Monénembo a porté la voix de la Guinée bien au-delà de nos frontières, décrochant les distinctions les plus prestigieuses : le Prix Renaudot en 2008, le Grand Prix du Roman de l’Académie Française en 2012, et le prestigieux Grand Prix de la Francophonie en 2017 pour l’ensemble de son œuvre monumentale. Ignorer un tel palmarès sur sa propre terre est une anomalie historique.

Lorsqu’un événement censé célébrer la pensée devient le théâtre de l’exclusion, c’est la substance même de notre culture qui s’effrite. La culture ne doit être l’otage de manœuvres visant à diviser là où l’art devrait panser les plaies. L’ethnostratégie est le poison de la nation, l’appliquer à la littérature est une insulte à l’intelligence des lecteurs guinéens. Ses mots ne portent pas de bannière ethnique, ils portent l’histoire, les souffrances et les espoirs d’un peuple tout entier, de l’épopée d’Olivier de Sanderval au sacrifice de Addi Bâ face aux nazis. Le priver d’hommage et de tribune à Conakry, c’est amputer la jeunesse d’une part essentielle de son héritage intellectuel par pure mesquinerie idéologique.
En écartant cette voix critique, parfois acerbe, mais toujours indispensable, on réduit le livre à un simple accessoire de décoration, alors qu’il devrait être le moteur de notre émancipation collective. La primauté du mérite doit enfin l’emporter sur la complaisance, et le respect de la contradiction doit devenir la norme d’une société mature.
On ne peut prétendre célébrer le livre en ignorant celui qui incarne notre excellence littéraire à l’échelle internationale. Rendre à Tierno Monénembo sa place légitime et lui témoigner la reconnaissance de la Nation, c’est prouver que la Guinée est enfin prête à regarder son reflet dans le miroir de la vérité, sans crainte ni parti pris. Pour que vive la plume, libre, impertinente et souveraine.
Le Collectif « Les Briseurs de Silence »

