Jean-Yves Ollivier, président de la fondation Brazzaville, soutient la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Il estime que son élection constituerait un premier pas vers une représentation plus équitable au sein du système onusien et du Conseil de sécurité.
Avant la fin de l’année, les Nations unies doivent se donner un nouveau secrétaire général. C’est une chance à saisir et non pas une détresse à subir, précisément parce que le multilatéralisme fait face à des vents contraires.
L’ONU doit se souvenir de sa mission centrale de gardien de la paix et de secouriste humanitaire à l’intersection des souverainetés nationales, c’est-à-dire loin des chimères d’un gouvernement mondial, sans légitimité démocratique, et des dysfonctionnements d’un « machin » bureaucratique. C’est aussi une façon — la seule, je crois — d’ouvrir la voie à une représentation plus équitable au sein du système onusien et, en particulier, du Conseil de sécurité.
Un premier pas dans cette direction serait franchi avec l’élection du candidat qui, à mes yeux, incarne le mieux une telle régénération des Nations unies : Macky Sall, ancien président du Sénégal, homme expérimenté connu pour sa méthode de travail et non ses éclats de voix. Comme le sera un quart de l’humanité à la fin du siècle, il est Africain.
Sur le continent « berceau de l’humanité », on a coutume de se souvenir de ses racines : l’ONU est née, après la Seconde Guerre mondiale et ses quelque 75 millions de morts, par la volonté des États vainqueurs, qui se sont réservé un siège permanent au Conseil de sécurité et le droit de veto. C’est ce système — imparfait mais réaliste — qu’il s’agit de faire fonctionner au mieux, à la fois au service de ses États membres et de nouvelles victimes de violences, dans toute la mesure du possible en prévenant des conflits.
Dès lors, je m’étonne du défaitisme actuel qui dit le monde « plus polarisé que jamais » et l’ONU « totalement impuissante ». Du temps de la guerre froide, à travers les crises au Congo, en Corée, à Cuba ou au Vietnam, le monde Est-Ouest n’aurait donc pas été polarisé et l’ONU serait toujours parvenue à garder la paix ? Aussi, comment peut-on s’affliger du « retour de la guerre » en oubliant que, si la Troisième Guerre mondiale a heureusement été évitée, de nombreuses guerres « de substitution » ont eu lieu dans le Tiers-monde, certaines en Afrique. Médiateur discret depuis de longues années, y compris dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine, Macky Sall en est conscient.
Le multilatéralisme est-il en crise ? Sans doute, mais certainement pas pour la première fois ni, d’ailleurs, toujours pour de mauvaises raisons. « Le propre du déséquilibre est de créer le mouvement », affirmait le démographe français Alfred Sauvy, le père du terme « Tiers-monde ». Le Sud global, comme nous disons aujourd’hui, pourrait y puiser la tranquille certitude qu’à la fin du siècle, une planète dont huit sur dix habitants seront, pour moitié, soit Asiatiques soit Africains ne se reconnaîtrait plus dans le miroir onusien s’il devait rester déformant — ce qui, à terme, est impensable. À condition, bien sûr, que l’enceinte internationale soit préservée. Or, elle ne pourra l’être qu’en acceptant de se réformer motu proprio, de sa propre initiative.
Seulement au sein d’une ONU soucieuse d’efficacité dans toutes ses missions, un siège à la table sera préférable pour tous à la politique de la chaise vide (et des trous budgétaires). De cela aussi, Macky Sall, habitué à faire beaucoup avec peu, est pleinement conscient.
Bien sûr, c’est « le tour » de l’Amérique latine, tous les États africains ne se sont pas rangés derrière le candidat soutenu par l’Union africaine et, enfin, Macky Sall n’est pas une femme. Je parle d’autant plus librement de ces entraves que la rotation intercontinentale au sein des instances internationales m’importe comme règle, que l’unité africaine eût été idéale et que la représentation de la meilleure moitié de l’humanité est un enjeu essentiel. Mais je sais aussi que Macky Sall pense comme moi — et je n’ai pas besoin de le croire sur parole, puisque les actes qu’il a posés tout au long de sa carrière attestent de son souci d’associer au pouvoir, de le partager équitablement.
Avec cette certitude acquise, je soutiens sa candidature comme pôle de ralliement pour tous les partisans des Nations unies. Puisque les temps sont durs et les épreuves à venir — de l’inégalité croissante au défi de l’intelligence artificielle en passant par la crise globale de représentativité — requerront une main ferme et tranquille à la barre de l’ONU, je souhaite, tout simplement, « que le meilleur gagne ».
Par Jeune-Afrique

