A l’occasion de la fête de l’Aïd el-Kébir communément appelée fête de Tabaski ou fête du mouton, le prix des animaux a flambé à Cona-cris, notamment. Les attaques djihadistes au Mali en seraient la cause.
A la faveur de la Tabaski, il est recommandé aux musulmans ayant les moyens d’immoler un animal (mouton, chèvre, dromadaire, vache) le jour ou le lendemain ou surlendemain de la fête de Tabaski. La fête commémore l’épisode où le prophète Abraham (Ibrahim) accepte de sacrifier son fils Ismaël sur l’ordre de Dieu, avant qu’un mouton ne soit envoyé comme substitut. Pour cette année, accomplir ce rituel semble difficile pour le Guinéen lambda. Tant le prix du bétail est en hausse. À Cona-cris, comme l’année dernière, le prix des caprins, ovins et bovins connaît une augmentation inédite.
Au marché des ovins à Yimbaya, commune de Ratoma, les moutons importés du Mali sont les plus nombreux. Pour s’offrir un, il faut au minimum casquer 2 millions de francs glissants.
Le 22 mai, Ousmane Diallo alias Ben Laden est l’un des vendeurs de moutons du coin. Casquette vissée sur la tête sous un soleil de plomb, il déplore : « Cette année, nous n’avons pas eu suffisamment de moutons. L’année dernière à la même période, notre zone était bondée de moutons. Plusieurs camions étaient stationnés. Il y a plus de moutons importés que de locaux. Les moutons importés du Mali sont vendus à 2 millions ou à 3 millions de francs guinéens, d’autres même à 4 millions. » Selon lui, les récentes attaques terroristes au Mali seraient à l’origine de la hausse du prix. « Les terroristes bloquent les routes dans les régions du Mali. D’habitude, nous nous y rendons chaque année pour acheter les moutons. Maintenant, ce n’est plus le cas. Il y a trop de risques. Mais nous y avons des correspondants qui nous en ont acheté quelques têtes. »
Ibrahima Touré, un autre vendeur, abonde dans le même sens : « Nous collaborons avec des Maliens qui transportent les moutons jusqu’à la frontière guinéo-malienne et nous prenons le relais. Aussi, le franc CFA est monté par rapport au franc guinéen, raison de plus de la hausse des prix des ovins » en Guinée, à la veille de la fête de Tabaski.
Ibrahima Touré, membre du bureau de vente, se plaint plutôt de la rareté des clients. « Il n’y a pas de clients. Nous ne savons pas pourquoi, mais nous restons optimistes. Le prix du mouton local n’a pas augmenté par rapport à l’an passé. Il y en a pour 1 million 200, 1 millions 500 jusqu’à 2 millions de nos francs. Les moutons de chez-nous sont petits par rapport à ceux du Mali. Mais ce n’est pas parce que les prix des moutons provenant du Mali ont grimpé que les prix des nôtres vont augmenter. Aucun vendeur ne le fera, ils sont tous informés », affirme Ibrahima Touré.
Boubacar Barry a acheté un bélier malien : « C’est trop cher. J’ai acheté mon mouton à trois millions de francs guinéens, c’est pourquoi certains préfèrent les moutons guinéens », croit-il, en embarquant son bélier dans un teufteuf.
Difficile pour les Guinéens de faire la fête sur le mouton.
Souleymane Bah

