Yala-le-Gros Lynx s’en est allé le 1er juin 2026. Pour toujours ! Laissant toute une nation dans l’émoi, toute une profession affligée. Un baobab s’est couché. Un chantre de la liberté, de l’indépendance, de l’audace ; un père, un modèle, un symbole a disparu, mais son œuvre, elle, est éternelle. Les hommages sur lui pleuvent, racontant les déboires, les succès, les honneurs de l’homme au parcours riche, exemplaire.
Diallo Souleymane, journaliste, fondateur et administrateur général du Groupe de presse Le Lynx-La Lance, lelynx.net est né le 17 novembre 1945 à Hansaghéré, dans la sous-préfecture de Hafia, préfecture de Labé. De Thierno Amadou et de Mouminatou Diallo. Orphelin à moins de 10 ans, sa sœur, feue Hadja Kadiatou, l’emmène auprès d’elle à Labé-ville. Diallo Souleymane y décroche, en 1961, le Brevet d’études du premier cycle, BEPC.
Vie universitaire
En 1962, il intègre l’Institut national de langues de Bellevue, à Conakry. Admis en 1966 au Collège fédéral de formation supérieure des enseignants de Lagos au Nigeria, il en sort avec un Certificat pour étudiants étrangers.
Étudiant en 1970 à l’Institut Polytechnique de Kankan (aujourd’hui Université Julius Nyerere), Groupe de recyclage, Diallo Souleymane en sortira avec un Diplôme de fin d’Études Supérieures, niveau Maîtrise. La même année, il devint journaliste-reporter au quotidien national Horoya.
Mais les « dérives de Sékou Tyran le poussent » à l’exil en Côte d’Ivoire comme beaucoup de ses compatriotes, où en 1973, Diallo Souleymane passe l’Examen spécial d’entrée à l’Université d’Abidjan. Toujours en 1973, il est journaliste au quotidien ivoirien Fraternité Matin où il gravit les échelons jusqu’à devenir Correcteur de presse.
Rêve
De son exil ivoirien, il rêve de créer, en Guinée, un journal satirique, dès qu’il rentrera au bercail, s’est-il confié un jour à son compatriote et grand ami, Bah Mamadou Lamine (décédé le 6 juillet 2022 comme lui au Canada), qui était comme lui journaliste à Frat-Mat, par ailleurs prof de français au Lycée classique d’Abidjan.
Journaliste dans l’âme, Diallo Souleymane deviendra Attaché de presse à l’Université Félix Houphouët Boigny de Côte d’Ivoire en 1975. Alliant formation et profession, il décroche une Licence en Lettres anglaises en 1976. Quatre années après, il obtint une Maîtrise en Études anglophones, branche, Communication.
Assoiffé du savoir, en 1981, il décroche un D.E.A. en Études anglophones. Il aborde « Roots of Black Nationalism in South Africa » (Les racines du nationalisme noir en Afrique du Sud) à l’Université d’Abidjan. Pour autant, Diallo Souleymane ne s’arrête pas en si bon chemin. En 1985, il décroche son Doctorat 3ème cycle, Études anglophones à l’Université de Nice en France. Il traite le thème de la peur à travers les romans de Peter Abrahams.
Le journaliste continue sa quête du savoir. En 1987, il étudie à l’Université de Sebha en Libye où il aborde le sujet : « Traité de Grammaire Structurale Peule » à l’Institut de Langues africaines.
De la naissance du Lynx
Il y a déjà 3 ans depuis que le tyran guinéen a cassé sa pipe. Diallo Souleymane, marié et déjà père de deux gosses, envisage de rentrer au bercail, pour concrétiser son rêve. Le CMRN (Comité militaire de redressement national), la junte militaire qui a pris le pouvoir en Guinée, embrasse le libéralisme. Dès le 23 décembre 1991, elle instaure la liberté de la presse à travers la loi L/91/005, permettant la création de médias privés. Non sans limites, naturellement.
Dès le 27 janvier 1992, Diallo Souleymane obtient près le Procureur du tribunal de première instance de Kaloum le récépissé pour la création du journal Le Lynx.
Ainsi donc, le 7 février 1992, paraîtra le premier numéro du premier satirique guinéen. Le média connaît des hauts et des bas, mais finit par s’imposer dans le paysage médiatique guinéen. La même année, son fondateur et alors Directeur de publication est membre du Conseil national de la communication, CNC, l’ancêtre la Haute autorité de la communication HAC. Il jettera l’éponge.
Carrière professionnelle
A partir de 1994, le patron du Lynx est correspondant en Guinée de l’ONG de défense des droits des journaleux, Reporters Sans Frontières, RSF. Il le restera jusqu’en 2018. Auparavant, le 18 décembre 1996, Diallo Souleymane a créé La Lance. Ainsi naît le Groupe de presse Lynx-Lance qui s’élargit en décembre 2012 avec Lynx FM (fermée en 2022) et peu après avec lelynx.net.
En 2000, il fonde avec ses confères d’alors l’AGEPI (Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante). Il en devient le premier président de 2000 à 2003.
En 2006, Diallo Souleymane est membre du jury du Prix du journaliste africain de l’année à Maputo au Mozambique avec les CNN-MultiChoice African Journalist Competition. La même année, il est membre fondateur de l’OGUIDEM (Observatoire Guinéen d’Éthique et de Déontologie des Médias) et en devient le premier président. Un an plus tôt, Yala-le-Gros-Lynx est le Président du FORMAO (Forum des Éditeurs de l’Afrique de l’Ouest) et Vice-président du Forum des Éditeurs Africains (TAEF).
De 2003 à 2005, le Gros Lynx est membre du Comité consultatif de l’Unesco pour la liberté de la presse, membre du Jury du Prix international Unesco/Guillermo Cano pour la liberté de la presse.
Distinctions
Combattant infatigable pour la liberté de la presse et d’expression en Guinée, Diallo Souleymane fera partie des conseillers du Conseil national de la transition (CNT), de 2010 à 2013, avec pour fonction : Président de la Commission Communication. Il participe activement à la dépénalisation des délits de presse dans la révision de la L/91/005. Ce qu’il obtint, non sans un pincement au cœur. « Si on applique certaines peines pécuniaires édictées par la loi sur un média, il fermera tant les montants sont élevés », a-t-il confié après la plénière qui a adopté ladite loi, toujours en vigueur.
Il est récipiendaire du Prix Presse et Démocratie, Edition 1999, lors du Festival Nord-Sud sur la liberté de la presse à Genève, en Suisse.
Le samedi 29 octobre 2022, sur initiative de Sanou Kerfalla Cissé, l’ex S cassé du Lynx, PDG du Groupe Afric Vision, Diallo Souleymane a bénéficié d’une cérémonie d’hommage et de reconnaissance anthume, pour son combat pour une presse libre en Guinée. Le lendemain, il a été élevé au rang de Chevalier de l’Ordre national du Kolatier « pour services exceptionnels à la Nation », par le Chef de l’État, Mamadi Doum-bouillant.
Leçon de Diallo Souleymane
Pour l’occasion, Diallo Souleymane, dans son discours, est resté égal à lui-même, éternel défenseur de la liberté de la presse. En voici un extrait : « Permettez que je sacrifie à une habitude, celle de semer des cactus parmi les rares fleurs que je distribue. Aux journalistes qui m’ont offert honneur et reconnaissance, je demande de redoubler de vigilance pour suivre d’assez près, l’enracinement dans ce pays de la culture démocratique, partant médiatique. C’est presque une lapalissade. Le journaliste ne saurait s’épanouir en dehors de la liberté, de la culture, de la démocratie, du respect des normes, des lois de la république. L’envie me vient souvent de prendre le journaliste pour un petit bonhomme qui travaille avec les grands. Le jour où il est persuadé qu’il est grand, qu’il raccroche ! J’ai pris aussi l’habitude contestable de comparer la liberté de la presse à un immeuble. Certains États sont au sous-sol, d’autres, au 16è étage. D’autres encore, aux étages supérieurs. La Guinée n’est pas au sous-sol. Jamais ! Elle a fait des pas de géants en matière de liberté de presse, en un temps record. Elle revendique valablement une place au 2è étage, au moins. Faisons l’économie des étapes franchies, pour ne citer que la décriminalisation des délits de presse, l’attribution par l’État d’une maison à la presse, la subvention annuelle de la presse par l’État (…) La presse sera donc toujours là. Reste une question : Comment monter à l’étage supérieur de notre immeuble ? La question se pose au Gouvernement, mais la réponse ne peut venir que de la qualité intrinsèque du paysage médiatique. »
Paix à votre âme, cher maître !
Mamadou Siré Diallo

