Alors que le préfet et trois autres de ses collaborateurs ont été suspendus de leurs fonctions, le ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation remplace les 20 sous-préfets de la préfecture de Siguiri située à l’est de la Guinée. Le coup de balai intervient dans un contexte d’éboulement qui a coûté la vie à 11 orpailleurs et d’interdiction de l’utilisation des machines poclains (pelleteuse) dans l’orpaillage.
C’est le grand ménage dans la ville aurifère de Siguiri, en Haute-Guinée. Deux arrêtés du ministre de l’Administration du territoire et de la décentralisation, Ibrahima Kalil Condé, ont, successivement, débarqué les 20 sous-préfets que totalise la préfecture et suspendu le préfet ainsi que trois de ses collaborateurs : le secrétaire général de la préfecture, Amara Kaba ; le chef de cabinet, Mamoudou Kouyaté et la directrice préfectorale de l’administration du territoire et de la décentralisation de Siguiri, Fatoumata Binta Sow.
Des intérimaires ont été nommés, mais la durée de l’intérim (de la suspension) n’est pas encore connue. Quant aux sous-préfets, ils ont purement et simplement été remplacés par des officiers et des sous-officiers (soit neuf hommes en uniforme) ainsi que des cadres (civils au nombre de onze).
Déploiement des Forces spéciales
Sur la raison, les arrêtés ministériels se bornent à avancer laconiquement « vu les nécessités de services ». Mais le porte-parole du gouvernement, Ousmane Gaoual Diallo, précisera que la décision vient sanctionner la violation du gel de l’orpaillage dans la préfecture. Depuis un moment, l’emploi par les Chinois des machines poclains (pelleteuse ou pelle hydraulique) dans l’orpaillage fait jaser à Siguiri. Ce mode d’exploitation semi-industrielle, employant d’engins lourds, est officiellement interdit depuis le 13 mars dernier, par arrêtés conjoints des ministères de l’Administration du territoire et de la décentralisation, des Mines et de la géologie, de l’Environnement et du développement durable.

Mais sur le terrain, la mesure prise pour sauver l’environnement et protéger l’orpaillage traditionnel est régulièrement violée. A en croire divers témoignages recueillis à Siguiri, les Chinois opèrent clandestinement de minuit à 4h. Plusieurs engins auraient été saisis, des contrevenants mis aux arrêts. Et les autorités limogées payent pour leur complicité présumée.
A cela s’ajoute un éboulement qui a causé, le 7 juin, la mort de 11 personnes sur un site d’orpaillage de la sous-préfecture de Kintinian. Ce genre de drames est très fréquent à Siguiri.
Selon une source gouvernementale, les limogeages touchent au-delà des administrateurs civils. Tous les responsables de police et de gendarmerie, « à l’exception des subalternes », ont été rappelés, confie notre source. Une mesure qui n’a pas fait l’objet de publicité, jusque-là.
Ces derniers jours, plusieurs éléments des Forces spéciales, unité d’élite initialement créée pour lutter contre le terrorisme mais devenue la garde prétorienne du président Mamadi Doumbouya, ont été aperçus dans la ville de Siguiri. Des sources locales assuraient déjà que ces hommes encagoulés et circulant à bord de blindés, lourdement armés, étaient venus remettre de l’ordre dans l’orpaillage. Ce que la suite des événements semble confirmer.
Diawo Labboyah Barry

