Après plus de deux ans à défendre l’État devant les différentes juridictions du pays, notamment contre les anciens dignitaires du pouvoir Alpha Condé, les avocats intervenant pour le compte de l’Agence judiciaire de l’État disent stop. Eux qui n’auraient encore perçu « la moindre provision sur honoraires », suspendent, à partir du 1er août, et jusqu’à nouvel ordre, leur prestation.

Dans un courrier daté du 29 juillet dernier, le collectif a annoncé la suspension de sa participation aux dossiers de l’Agent judiciaire de l’État (AJE). Ces avocats, régulièrement constitués pour assurer la défense des intérêts de l’État dans les procédures suivies par l’Agent judiciaire de l’État, dénoncent le non-paiement de leur prestation : « Nous avons accepté de poursuivre notre engagement dans l’espoir que les honoraires convenus permettraient de compenser les importants sacrifices consentis », indique le courrier.

Il souligne que durant toutes ces années, les avocats ont assumé, avec leurs propres ressources, les coûts de fonctionnement liés au traitement de ces dossiers, mobilisant équipes, moyens matériels et temps, sans aucune contrepartie financière : « Ces sacrifices ont été considérables. Ils ont lourdement affecté le fonctionnement de nos cabinets, dont l’équilibre financier a été mis à rude épreuve par la prise en charge de dossiers particulièrement complexes, volumineux et exigeants. » Le collectif assume le boycott : « Cette décision est collective, mûrement réfléchie et dictée par la nécessité de préserver la dignité de la profession d’avocat, la pérennité de nos cabinets ainsi que le respect des engagements contractuels librement souscrits. »

Le 3 août, Me Alpha Amadou DS Bah déclare à notre rédaction que l’AJE a été averti à plusieurs reprises : « Plusieurs courriers de menace de boycott adressés à l’Agent judiciaire de l’État sont restés sans résultat [favorable]. Finalement, nous avons décidé de passer à l’action. Le boycott, c’est jusqu’au paiement des honoraires, sinon nous ne reprendrons pas. »

Le collectif conditionne toute levée de suspension par « le paiement intégral de toutes les provisions dues aux avocats intervenant pour le compte de l’Agent judiciaire de l’État. La régularisation et la signature des conventions d’honoraires en attente. La mise en place de garanties juridiques et financières suffisantes assurant le paiement effectif des honoraires de résultat sur les montants recouvrés ainsi que sur la valeur vénale des biens saisis et définitivement confisqués au profit de l’État, y compris lorsque ces avoirs sont transférés ou gérés par l’AGRASC (Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués). »

Souleymane Bah