Les observateurs de la scène politique dans tout pays et de tous temps sont unanimes pour dire que « le pouvoir corrompt ». Ce qui se justifie souvent au vu du parcours de nombre de chefs politiques qui portent un manteau de dirigeants populaires, dynamiques et révolutionnaires quand ils se battent pour accéder au pouvoir. Mais une fois dans le fauteuil de premier magistrat de l’État, ils troquent progressivement leur premier manteau contre celui de chefs providentiels investis, dit-on, d’une mission divine. C’est alors que les courtisans prolifèrent et rivalisent d’ardeur dans les éloges des chefs.

Les idéaux de liberté, d’égalité et de justice continuent d’être clamés dans les discours mais dans les faits la réalité est tout autre. C’est désormais le temps de la pensée unique, des arrestations arbitraires, des disparitions, de la torture. Et voilà la voie ouverte à l’enrichissement illicite des hommes et des femmes qui détiennent le pouvoir avec en sus les ambitions de troisième mandat ou de présidence à vie.

Pour étayer notre propos, n’allons pas chercher loin, puisons deux exemples dans l’histoire contemporaine de la Guinée.

Le Prési Sékou Touré, père de l’indépendance guinéenne, en est une belle illustration. Son long combat de syndicaliste et d’homme politique, auréolé par l’accession à la souveraineté nationale et internationale de la Guinée, a fini par se fourvoyer dans sa boulimie du pouvoir « Sékou Tyran », « Sékou boucher » sont des slogans qui ont fusé à la prise du pouvoir par l’armée en 1984.

Le second exemple ne saurait être que le Président Alpha Condé. Militant de l’opposition guinéenne pendant quarante ans, il a accédé au pouvoir à la suite d’une élection jugée par la communauté internationale de démocratique et transparente. Mais le voilà à la fin d’une gestion chaotique de deux mandats légaux se lancer dans un troisième mandat en marchant sur les corps de plusieurs militants de l’opposition.

Au-delà de ces deux illustrations du « pouvoir corrompt », on peut en citer beaucoup d’autres en Afrique et dans le monde. Mais on dit par ailleurs que l’exception confirme la règle. Prenons pour cela deux autres illustrations, celle du défunt feu Léopold Sédar Senghor du Sénégal et celle d’Alpha Oumar Konaré du Mali.

Senghor est le premier président de la République du Sénégal, il s’est choisi un dauphin qu’il a chargé de terminer son second mandat, puis il a pris sa retraite devenant ainsi le premier chef d’État africain à céder le pouvoir sans pression. Quand le Président Konaré est arrivé au terme de ses deux mandats légaux, son parti lui a proposé de rempiler pour un troisième mandat, il a répondu : « Je préfère aller de la présidence à la maison, que d’aller de la présidence à la prison », ensuite il s’est retiré du pouvoir.

 Pour conclure disons que si « le pouvoir corrompt », il n’y a pas de raison de lui trouver des excuses ou un bouc émissaire en accusant l’entourage du chef, en fait, c’est le chef lui-même qui tient en main la clé de sa gloire ou de sa déchéance.

Walaoulou BILIVOGUI