Depuis le 28 juillet, les réseaux sociaux Facebook, YouTube et TikTok sont inaccessibles en Guinée. Les autorités en charge des télécomplications également.
Les Guinéens ne parviennent plus à naviguer sur Facebook, YouTube et TikTok. Dès « l’aube » du 28 juillet, l’Association des blogueurs de Guinée (Ablogui) a reçu les premières alertes sur « une interruption de l’accès » à ces plateformes numériques sur le territoire guinéen. L’Ablogui a aussitôt effectué « une série de tests techniques de connectivité » à Cona-cris et dans les buissons de l’arrière-bled. « Les résultats de ces tests convergent sur un blocage ciblé visant effectivement Facebook, YouTube et TikTok », pointe l’association dans un communiqué, excluant « toute hypothèse de panne ordinaire ».
Les autorités en charge de nos télécomplications, comme à leur habitude, n’ont pas donné d’explication. Les internautes font recours aux VPN (réseau privé virtuel), pour contourner les restrictions. Plus que de simples plateformes sociales, Facebook, YouTube et TikTok constituent des « canaux essentiels pour l’accès à l’information, d’échange et de participation citoyenne au débat public. Restreindre leur accès revient à amputer une partie de l’espace public dans lequel s’exercent la liberté d’expression, le droit à l’information et la liberté de communication », dénonce l’Ablogui.
« Coupure ou inaccessibilité ? »
Nous avons tenté d’en savoir sur les raisons du musellement auprès de l’Autorité de dérégulation des postes et télécomplications. La dirlo de la communication de l’ARPT, dame Fatoumata Binta Diallo, s’empresse de questionner : « Coupure ou inaccessibilité ? » La conséquence est la même. « Je ne suis pas très en forme. Je ne sais pas si je peux vous rappeler un peu plus tard, parce que là je ne suis pas seule. » Au moment où nous allions sous presse, elle n’avait pas encore rappelé.
Le ministère des Télécommplications ? Pas d’interlocuteur, non plus. Le dirlo général de la Guinéenne de large bande (GUILAB), Ahmed Karifa Diawara, est expéditif : « Malheureusement, je ne peux pas répondre à votre question. Vous avez internet, non ? » « Oui », répondons-nous. « Alors, je ne peux pas répondre à votre question. »
Les fournisseurs d’internet en Guinée se méfient et évitent le sujet : leur mission c’est fournir de l’internet sans se préoccuper de savoir si le jus permet de naviguer sur les réseaux sociaux. Un poing, c’est doux. Pourquoi le goubernement ne pipe-t-il pas maux ?
« Ciblage délibéré »
Un Guinéen résidant au Canada a soulevé la question lors de l’émission Appels sur l’actualité de RFI, le 30 juillet. Invité à y répondre, Qemal Affagnon, responsable Afrique de l’Ouest d’Internet Sans Frontières et coauteur de l’ouvrage Coupures Internet en Afrique : technologies, droits et pouvoirs, évoque un « ciblage délibéré » de ces réseaux. Selon cet expert, cette restriction découle des « prises de parole répétées d’associations de défense des droits humains, d’organisations féministes, d’artistes, de journalistes et de dignitaires religieux exigeant justice » dans l’affaire du viol collectif filmé d’une jeune fille à Mandiana, en Haute-Guinée. Bien que les faits remontent à avril dernier, la récente divulgation de la vidéo de l’agression a suscité un émoi national, débouchant sur l’organisation d’une campagne « Jeudi noir », le 23 juillet. Cette vague d’indignation « rarement observée en Guinée » aurait incité les autorités à restreindre l’accès à Facebook, YouTube et TikTok. La pression sociale a par ailleurs hâté la tenue du procès et la condamnation des accusés, le 30 juillet.
Qemal Affagnon, pas surpris du mutisme des autorités guinée-haines, invoque l’altercation survenue en avril dernier entre la chanteuse Yama Sega et l’influenceuse Maya Kaba alias « Maya la solution ». Leur différend « avait très rapidement pris une tournure nationale avant d’être brutalement interrompu par la coupure des réseaux sociaux ordonnée le 15 avril par les autorités », rappelle-t-il.
Les autorités s’imposent l’omerta tout en infligeant des sanctions collectives pour des dérives individuelles. Woïka !
Mamadou Siré Diallo

