Dans une déclaration rendue publique lundi 3 août, les Forces vives de Guinée ont procédé à une analyse critique de la situation sociopolitique du pays, qui sort de plusieurs années de transition. Dans le document, elles dénoncent ce qu’elles qualifient de « menaces » contre les acquis démocratiques, estimant que des dérives exposent la Guinée à des troubles sociaux.
Les Forces vives affirment que les libertés fondamentales et les droits humains ont été gravement violés au cours de ces dernières années en Guinée. Selon les Forces vives, la gouvernance actuelle s’est graduellement éloignée des principes démocratiques.« Ce régime s’est progressivement mué en une dictature caractérisée par des assassinats ciblés, des morts en détention de personnalités civiles et militaires, des disparitions forcées, des enlèvements et des actes de torture visant des leaders d’opinion, le musèlement de la presse, l’interdiction des manifestations publiques, la dissolution arbitraire de dizaines de partis politiques parmi les plus représentatifs, ainsi que le pillage effréné des ressources publiques », lit-on dans la déclaration.
Pour les Forces vives, cette situation remet en cause la légitimité des différentes élections ayant marqué le processus de retour à l’ordre constitutionnel. Elles estiment que ces scrutins n’avaient d’autre objectif que de maintenir les autorités au pouvoir. « Ces simulacres d’élections ne visaient qu’à entériner une confiscation du pouvoir et à conférer une apparence de légitimité à un régime issu d’un coup d’État militaire et maintenu grâce à un climat de terreur créé et entretenu à cet effet ».
Rejet des institutions
Les signataires de la déclaration avaient appelé à boycotter les élections notamment la présidentielle de décembre remportée par Mamadi Doumbouya. En conséquence, la plateforme d’acteurs politiques et de la société civile affirme avec fermeté qu’elle ne reconnait aucune des institutions issues de ces élections, qu’elle juge dépourvues de transparence et de crédibilité. Les Forces vives « rejettent catégoriquement toutes les institutions issues de ces processus frauduleux, présentés à tort comme des opérations de retour à l’ordre constitutionnel ».
Au-delà de ce rejet, les Forces vives appellent les Guinéens à se mobiliser pour restaurer les libertés fondamentales et œuvrer à un retour effectif à l’ordre constitutionnel. Elles fondent notamment leur appel sur l’article 25, alinéa 4, de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui stipule que : « Les auteurs de changements anticonstitutionnels de gouvernement ne doivent ni participer aux élections organisées pour la restitution de l’ordre démocratique, ni occuper des postes de responsabilité dans les institutions politiques de leur État ».
« Nous ne reconnaissons pas l’élection de Mamadi Doumbouya en tant que président élu. Nous ne reconnaissons pas non plus l’Assemblée nationale qui a été mise en place. Nous avons estimé que ces élections se sont tenues dans un contexte marqué par la répression systématique des civils et militaires, notamment à travers la suppression des partis politiques et organisations de la société civile importants, et également les assassinats ciblés des militants et sympathisants », a expliqué Ibrahima Diallo, membre des Forces vives sur RFI, ce 4 août.
À travers leur déclaration, les Forces vives réaffirment ainsi leur rejet des institutions issues du processus électoral de la transition et appellent à une restauration de l’État de droit conformément aux principes démocratiques qu’elles estiment avoir été remis en cause.
Mariama Dalanda Bah

