Dans la nuit du 16 août, des détenus ont été extraits par dizaines de la Maison centrale de Coronthie, à Kouloum, avant d’être dispersés dans plusieurs établissements pénitentiaires du pays. Ce transfèrement ferait suite à la volonté des autorités d’accélérer les travaux de rénovation et d’extension de la prison de Coronthie. Il s’est déroulé sans la moindre communication officielle du ministère de la Justice et des Droits de l’Homme.

On ne parlait plus, ces dernières années, de surpopulation carcérale à la Maison centrale de Coronthie. Et pour cause : le pénitencier, construit en 1933 par l’administration coloniale française pour accueillir « 300 détenus », en hébergerait plus de 2 000 aujourd’hui. Un engorgement qui favorise notamment la propagation de maladies parmi les pensionnaires.

Après moult tergiversations, les autorités guinéennes semblent avoir décidé de s’attaquer au problème. Le chef de l’État aurait donné instruction d’achever, dans les meilleurs délais, les travaux de « rénovation et d’extension de la Maison centrale de Conakry ». C’est cette injonction qui aurait conduit au transfèrement massif de prisonniers, principalement vers les prisons civiles de Coyah et de Kindia. Parmi les détenus transférés, figurent Aliou Bah, président du Mouvement démocratique libéral (MoDeL), et Aladji Cellou Camara, ancien directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP). Le premier devrait y terminer sa peine de prison, tandis que le second y attendra l’ouverture de son procès.

Le hic, c’est que ces détenus ont été sortis nuitamment de la Maison centrale sans que leurs avocats aient, semble-t-il, été associés à l’opération. Surtout, le transfèrement s’est effectué dans un mutisme quasi total des autorités, notamment du ministère de la Justice, qui semble avoir choisi de se claquemurer dans un silence assourdissant. « Pour le moment, je n’ai rien à vous dire parce que je ne dispose d’aucun détail. S’il y a un communiqué officiel, au besoin, je vous le ferai parvenir », déclare Lansana Traoré, membre de la Cellule de communication du ministère de la Justice.

À la Direction nationale des services judiciaires et pénitentiaires, même refrain : « Une communication, s’il doit y en avoir une, devra venir du département. La Direction fait convenablement son travail. Pour le reste, adressez-vous au ministère de la Justice. » Même les responsables de la Maison centrale ne veulent aucunement se mouiller. « Je ne dis rien, parce que je suis un simple agent. Cette situation dépasse le simple cadre de la Maison centrale », lâche un responsable du pénitencier de Conakry.

Tout le monde semble avoir décidé, au même moment, de donner sa langue au chat. Comme par hasard. Pendant ce temps, à Conakry, les spéculations vont bon train et les interrogations s’accumulent autour de ce transfèrement nocturne, dont les autorités peinent encore à expliquer les contours.

Yacine Diallo