Le procès des présumés assassins d’El Hadj Hassimiou Diallo a repris le 30 avril devant le tribunal criminel de Dixinn. Les accusés, Daouda Kourouma alias Dako et Mohamed Condé alias Pépé, ont nié systématiquement toutes les charges qui pèsent contre eux.
Il n’avait pu faire sa déposition pendant les audiences précédentes, parce que transféré par « erreur » à la Maison d’arrêt de Kindia. Daouda Kourouma, présenté comme l’un des accusés clés dans l’assassinat de l’opérateur économique et dans la dizaine d’autres opérations à Conakry en 2024, imputées à ce groupe, est enfin passé à la barre du tribunal criminel de Dixinn. Son passage n’a cependant pas permis d’éclairer la lanterne du tribunal. Il s’inscrit dans la négation systématique des faits mis à sa charge : « Je ne suis pas membre de ce groupe. Je suis là pour réclamer ma libération. »
Dako a été interrogé principalement sur sa relation avec Gnankouma Doua, en fuite, et Mohamed Soumah alias Passy. L’accusé reconnaît avoir mis en contact Passy, son ‘’petit’’, avec Doua « pour des courses. »
Il se trouve que la course n’était rien d’autre que des attaques à main armée orchestrée la nuit : « J’ai connu Gnakouma Doua dans un bar. Il m’a demandé un motard pour des courses, j’ai appelé Passy pour lui. Mais un jour, Mohamed Soumah m’a dit que les courses qu’il faisait avec Doua ne lui convenaient pas. J’ai appelé ce dernier, mais son téléphone était fermé. Depuis, nous ne sommes plus en contact. »
Multiples contradictions
Daouda Kourouma estime qu’il se retrouve aujourd’hui dans le pétrin pour avoir noué le contact entre Mohamed Soumah et Gnakouma Doua. Il reconnaît que Passy lui a offert 300 000 francs guinéens après l’attaque d’une vitrerie à la T8 : « Il l’a fait peut-être, parce que je les ai mis en contact. C’est pourquoi, je n’ai même pas cherché à connaître la provenance. Cela ne veut pas dire que je connaissais ce qui se passait. »
Pourtant, selon ses procès-verbaux à l’enquête préliminaire et chez le juge d’instruction, Dako reconnaît avoir participé aux attaques de Sangoyah, de la T8 ou encore de Dabompa-rails. À la barre, il nie tout : « A la police, les agents me torturaient, ils m’ont obligé à signer. À l’instruction, des gens avaient une liste que je devais signer. Je n’avais même pas beaucoup parler. C’est ce papier que vous lisez comme ça… »
Des accusés comme Paolo, Garnett, Sékou Loua ou encore Passy ont révélé dans leurs PV avoir opéré avec Dako dans plusieurs quartiers de Conakry : « Je les ai connus à la Maison centrale », affirme Daouda Kourouma.
Mohamed Condé aussi nie tout
Avant ces affaires qui l’ont mené par devant le tribunal criminel de Dixinn, Mohamed Condé avait déjà été épinglé pour des vols. Il reconnaît dans ses PV avoir participé à 3 attaques en 2003, 2 en 2017 et 3 autres en 2022. Dans cette affaire, il est accusé d’avoir participé à plusieurs opérations. Mais comme Dako qui l’a précédé à la barre, il rejette tout en bloc : « Je n’étais même pas au courant de l’assassinat du vieux El Hadj Hassimiou. Je l’ai appris à la DPJ. Moi, je n’ai participé à aucune attaque. » Ces déclarations de l’accusé contrastent avec celles qu’il aurait tenues devant le juge d’instruction. « Vous avez reconnu que vous étiez présent lors des attaques de Yattayah-Fossidet et de la vitrerie à la T8 », lui rappelle le procureur. L’accusé de rétorquer : « Je n’ai jamais dit cela. Je ne connais rien de ce que vous citez là. » Le juge a finalement renvoyé l’affaire au 14 mai prochain, pour la suite des débats.
Daouda Kourouma alias Dako, Mohamed Condé dit Pépé et une quinzaine d’autres personnes sont en prison pour « Assassinat en bande organisée, détention illégale d’armes de guerre, participation illégale à une association de malfaiteurs, vol à main armée et recel. » Ils sont poursuivis par 11 parties civiles dont les héritiers de feu El Hadj Hassimiou Diallo, tué à son domicile, en 2024, lors d’une attaque.
Yacine Diallo

