Soyez les bienvenus, chers amis, dans la République des influenceurs, cette Guinée étrange où le bon sens a plié bagage, claqué la porte… et laissé un mot : « débrouillez-vous ». Ici, ce ne sont plus les meilleurs qui montent… ce sont les ordures qui flottent. À fakoudou !

La réussite s’est démocratisée. Et ça, il faut le reconnaître. Pour devenir une star, point besoin d’études, de talent ou de génie scientifique. Il suffit d’un téléphone, d’une connexion, d’une paire de doigts agiles, de deux grimaces et trois insultes… te voilà star nationale. C’est d’une simplicité biblique : tu dis n’importe quoi, mais fort. Tu fais n’importe quoi, mais souvent. Et surtout, tu assumes n’importe quoi, sans vergogne. Résultat : ça fait carrière. Hé Kéla !

Il fut un temps, pas si lointain, où pour avoir la notoriété, il fallait être un scientifique pointu, un médecin qui sauve des vies ou un ingénieur qui construit des ponts solides. Aujourd’hui, la notoriété est entre les doigts de ceux qui savent marcher sur un compte TikTok ou faire des grimaces en boucle sur Facebook. A fakoudou ! La science devient le parent pauvre des « story ». Et l’ignorance, un spectacle.

Et pendant que nous scrollons vers la fin du monde, le smartphone en main, on se distribue des distinctions honorifiques comme on jette des cacahuètes à des singes affamés. La médaille d’honneur du travail dans l’Ordre national du mérite… c’est quoi encore ce machin, exactement ? Wallahi ! En Guinée, nous sommes devenus les champions incontestés de l’équité. Tout le monde mérite une médaille. Tout le monde, sans exception !

Pourquoi pas, après tout ? Les paresseux recevront la médaille du repos intensif. Car si on est malin, on ne travaille pas, on fait travailler les autres. Donc, logique implacable, ils méritent une récompense. Les voleurs vont avoir leur part, les sorciers seront décorés, les marabouts auront le ruban rouge, les « marabolés », les manchots, les motards endiablées, etc. Même mon chien barbu vient de me réclamer sa médaille. Il a levé la patte gauche avec une certaine classe, il estime avoir contribué à l’hygiène publique avec brio, à fakoudou ! Parce qu’en fait, dans ce pays, il n’y a plus de « chauds métiers ». Plus de dur labeur. Tout le monde est un héros, même celui qui dort debout.

Souvenez-vous, chers amis, de cette époque où un seul salaire, celui du papa, suffisait amplement à nourrir la famille entière. Le mari travaillait, la maman veillait sur le foyer, et le frigo avait de la matière. C’était ancien, certes, mais c’était rassurant. Aujourd’hui, grâce à la modernité et au féminisme triomphant, tout le monde travaille ! Mari, femme, et parfois même les enfants font de la vente de rue après l’école. Hé Kéla ! C’est la victoire absolue de l’emploi collectif ! Oui, sauf qu’avec deux salaires dans la maison, le frigo reste vide. Wallahi ! C’est un miracle de l’économie moderne : on court à deux, plus vite, juste pour finir essoufflés au même point.

Mais au fait, j’ai un problème urgent qui me tracasse l’esprit ce matin. Mon bic a disparu, celui-là même qui serait en train de signer les notes de service quelque part. Sérieusement, ce n’est pas une blague. Hé Kéla ! Si ce stylo a des velléités de fugitif, qu’il se manifeste tout de suite. J’ai peur qu’il ne s’enfuie chez le marabout d’à-côté. Peut-être qu’il est là-bas, en train de prendre la filiation du « grand quelqu’un », peut-être celle d’un “minustre” dont on convoite des faveurs.

Parce qu’ici, il y a de vrais sorciers parmi les marabouts, puissants et terrifiants, qui ne sont pas de simples « sourciers » cherchant de l’eau avec une brindille morte. Non, ceux-là cherchent votre compte en banque et votre destin avec la même aisance. À fakoudou !

On disait autrefois, avec une certaine noblesse, que « la plume est une arme redoutable ». Belle phrase, très romantique. Mais qu’en est-il des missiles qui illuminent le ciel eurasien comme des feux d’artifice de fin du monde ? Allez demander ça au « Trump-l’œil » et à ses acolytes de la géopolitique planétaire. Quand les roquettes dansent, la plume ne sert plus qu’à écrire son testament sur une feuille froissée. Hé Kéla ! La poésie s’arrête là où commence la déflagration.

Dans ce monde moderne, rien d’étonnant dorénavant, car l’extraordinaire est devenu le quotidien banal de la planète. Des cadavres ici, des missiles là-bas, des coups d’État au sud, des guerres civiles au centre. Wallahi ! Nous sommes devenus des êtres de glace, imperméables à l’émotion, anesthésiés par l’abus d’horreur. On apprend la nouvelle, on hausse les épaules, on demande s’il reste de la bière, et on continue à vivre. C’est une forme d’art, l’art de ne plus être humain. À fakoudou !

D’ailleurs, regardez autour de vous. De plus en plus de journaleux et d’opposants s’exilent, et fuient comme la poussière devant la tempête. C’est une véritable débandade ! À mon avis, Mori-cendrier devrait prendre nos affaires en main. Il devrait porter notre « erre-Guinée » sur sa tête et faire le tour du monde à pied pour rapatrier nos opposants et nos compatriotes en difficultés à travers les continents. La Guinée n’est-elle pas une famille ?

Il y avait d’ailleurs quelqu’un qui disait, en agitant les bras :

– Votez pour moi, quand je serai maire, je ferai de votre commune un eldorado où tout le monde aura sa chance !

On attend toujours de savoir par quels tours de magie. Peut-être que les montagnes d’ordures vont se transformer en « or dur ». Ça va aller donc pour nos futurs maires. Mais si ça ne va pas, ils n’ont qu’à mettre en valeur leurs derrières.

Et le derrière a toujours été un atout formidable. Les prostituées, elles, ont compris. Et bien compris même. On les croyait d’un autre temps, de simples michetonneuses uniquement bonnes à secouer les fesses. Quelle erreur ! Elles ont évolué, mes amis ! Elles ont mieux compris le système que tout le monde. Aujourd’hui, ce n’est plus le trottoir. C’est le passeport diplomatique, les devises fortes et les voyages en première classe.

Pendant que nous, citoyens honnêtes, on se demande comment remplir l’assiette. La misère nous regarde en face, comme mon nez collé contre la vitre de ce restaurant huppé de Kaloum. On nous dit : « travaillez dur ». Mais on nous montre que le vrai succès, c’est d’avoir le bon « soutien ». Et, malheureusement, ce soutien-là n’est pas élastique comme un soutien-gorge.

Alors, voilà. Ici, ce n’est plus le talent qui élève… c’est le bruit. Et dans ce vacarme généralisé, le mérite a opté pour la clandestinité. Entre l’influenceur qui nous prend pour des cons, l’artiste qui chante pour avoir un véhicule et la diplomate de nuit, nous avons de quoi rire. Car si l’on ne riait pas, on pleurerait sûrement jusqu’à provoquer une inondation. À fakoudou !

Sambégou Diallo

Billet – un chat m’a conté

Le candidat avait tout promis, Wallahi !

Mais le peuple se sent trahi.

Lui est assis au pouvoir, hé kéla !

Ce pouvoir malade que personne ne soignera,

Et nous, on mange la poussière et on prend des coups.

C’est la nouvelle cuisine, à fakoudou !

SD