Approuvé le 27 mai 2025, le projet Kounki a été officiellement lancé ce vendredi 24 avril à Conakry. Un programme ambitieux qui vise à répondre aux contraintes identifiées dans les chaînes de valeur de la pêche et de laquaculture, tout en renforçant la résilience climatique et le développement des communautés côtières. Sa mise en œuvre s’étendra jusquau 14 août 2031.
Financé à hauteur de 128 millions de dollars américains par la Banque mondiale, l’Agence française de développement (AFD) et ProBlue, le projet entend transformer durablement le secteur halieutique guinéen. Il prévoit la création dopportunités d’emplois, la diversification des moyens de subsistance et lamélioration de l’accès au financement pour les PME du secteur. À cela, s’ajoutent le renforcement des infrastructures, la réduction des risques de catastrophe, la promotion de pratiques climatiques intelligentes et une meilleure gestion des ressources halieutiques et des mangroves, basée sur des approches scientifiques et communautaires.
Adopté le 30 octobre dernier par le CNT, Conseil national de la transition, le projet Kounki est lancé le 24 avril au cours d’une cérémonie présidée par le Premier ministre, Amadou Oury Bah, devant plusieurs ministres, cadres de l’administration et partenaires. Le coordinateur du projet, Youssef Hawa Camara, a présenté une initiative appelée à révolutionner le secteur, avec un impact attendu sur 65 000 bénéficiaires, majoritairement des femmes. Selon lui, le projet s’articule autour de quatre composantes : la gestion durable et communautaire des pêches, le développement des chaînes de valeur, la résilience des communautés ciblées et la gestion du projet.
Tripler la production
S’agissant des résultats attendus, la Guinée ambitionne d’augmenter sa production annuelle de poisson à 35 000 tonnes, contre 10 000 actuellement. Pour la représentante de la Banque mondiale, Koulako Camara, le projet Kounki constitue un véritable opportunité de souveraineté alimentaire. Selon elle, l’une de ses innovations réside dans l’adoption d’une approche écosystémique intégrée, qui contribuera à restaurer la biodiversité, protéger les fonds marins et préserver les mangroves, essentielles à la reproduction des espèces.

Le projet prévoit aussi le renforcement de la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée, l’amélioration de la qualité sanitaire des produits, la réduction des pertes post-capture et la modernisation des infrastructures de débarquement, avec cinq sites maritimes et un site continental. « Chaque tonne produite localement réduit les importations, améliore la sécurité alimentaire et préserve les devises nationales », a-t-elle affirmé, réitérant l’engagement de son institution à accompagner la Guinée.
Le ministre de la Pêche et de l’Économie maritime, Fassou Théa a évoqué l’entrée dans une phase décisive. Il a insisté sur le rôle stratégique du secteur, désormais considéré comme un pilier de croissance, d’emploi et de stabilité sociale. Selon lui, le projet Kounki dépasse le cadre de la pêche, en intégrant des dimensions liées à lenvironnement, à l’emploi, à la formation, au financement et à l’aménagement du territoire.

À date, le secteur de la pêche contribue à hauteur de 4,5% du PIB national, un niveau que le gouvernement souhaite rehausser. Le Premier ministre Amadou Oury Bah a rappelé les défis liés à la surpêche dans certaines zones de lOcéan Atlantique. Il a souligné l’importance de développer des alternatives durables, notamment la pisciculture. Selon lui, l’objectif, à l’horizon 2030, est de bâtir un écosystème capable de garantir la sécurité alimentaire, de créer des emplois et de renforcer la résilience économique des populations.
Le PM a appelé à tirer les leçons des expériences passées, afin d’assurer la réussite du projet Kounki. Son appel est soutenu par les acteurs du secteur. Boubacar Sidy Diallo, représentant des pêcheurs, a salué une « initiative porteuse despoir pour la transformation du système halieutique guinéen. »
À terme, le projet Kounki devrait améliorer significativement les conditions de vie des communautés côtières, en leur fournissant les moyens nécessaires pour s’adapter aux effets du changement climatique et participer activement au développement économique du pays.
Abdoulaye Pellel Bah

