Le procès de Mohamed Diané s’est poursuivi le 7 mai devant la Chambre d’appel de la Cour de répression des infractions comiques et financières. Le tout puissant ministre de la Grande muette et des Affaires pestilentielles sous Alpha Grimpeur a été cuisiné par Alphonse Charles Wrong, pro-crieur spécial, qui a remonté les années de dépité du prévenu sous l’ère Fory Coco et Mathusalem.

Charles Wrong est visiblement décidé de ne pas lâcher d’une semelle Mohamed Diané. Le nouveau pro-crieur très spécial près la Crief a monopolisé la parole à l’audience du 7 mai. Il a cuisiné le ponte du RPG arc-en-ciel 4 heures durant, dans la procédure qui oppose ce dernier à l’Etat guinéen. Charles tient à voir clair, dans les moindres détails, dans le passé de celui qu’on appelait le « gardien du temple. »

A l’entame, il a rappelé au prévenu qu’il devait prouver qu’un de ses domaines à Kankan a bel et bien été revendu par son frère. Diané s’exécute dare-dare, transmet un papier à la Cour. Insatisfait, Charles charge : « Qui est l’acquéreur ? A Combien [le terrain] a été vendu ?» « C’est mon frère qui l’a vendu, il est décédé. Je ne connais rien », rétorque le prévenu.

Le fric de la Présidence

Le mystère public réembraie sur le passage du responsable du RPG à l’Hémicycle rectangulaire du Palais du peuple, entre 1995 et 2002. Histoire de faire le parallèle entre ce que percevait le dépité et les investissements qu’ils dit avoir effectués à l’époque, avec son défunt frère. Peu loquace sur la question, le prévenu évoque, comme unique, un teuf-teuf partiellement payé par l’institution parlementaire : « Je ne peux pas vous dire exactement aujourd’hui le chiffre d’affaires. Depuis le 5 septembre 2021 [jour de la chute du régime Condé], je suis victime d’acharnement. On a sorti mes enfants manu militari de ma maison. Je n’ai plus accès à mes deux bureaux au ministère de la Défense. Mes documents et ordinateurs y sont. » Le pro-crieur spécial demande à la Cour d’ordonner la communication de la situation financière du prévenu quand il était dépité.

Mohamed Diané est par la suite interrogé sur la gestion des budgets du mystère de la Grande muette et celui de la Présidence, sous Alpha Grimpeur. Là également, il donne sa langue au chat : « Je suis un croyant, je sais ce qui m’attend. Tout ce que Dieu fait est bon. Si je suis devant vous aujourd’hui, c’est Dieu qui l’a voulu. J’ai avalé beaucoup de couleuvres. J’ai été objet de beaucoup de choses, même extrajudiciaires que je ne dirais pas ici. Je ne dirais rien concernant le budget de fonctionnement de la Présidence de la République. »

Pour ce qui est du mystère de la Grande muette, le prévenu dit avoir reçu, entre 2016 et 20121, un budget d’un peu plus de 10 000 milliards de francs glissants. Du fric qu’il jure avoir utilisé à bon escient. Charles Wrong lui demande de le prouver : « En la matière, la charge de la preuve incombe au prévenu ». Faux, rétorque la défense. S’en suivent des tiraillements et une suspension de l’audience.

« Faites de moi ce que vous voulez ! »

Le pro-crieur spécial reprend la parole, fait machine arrière : « Nous demandons désormais au prévenu de ne rien produire. Nous renonçons à toutes nos demandes, le ministère public ne veut plus d’aucune pièce. Comme le prévenu ne veut pas la manifestation de la vérité, c’est une aubaine pour le parquet. » Le prévenu de rétorquer : « Je ne donne plus de réponse. Toutes les pièces sont versées au dossier. Faites de moi ce que vous voulez, je suis fatigué. Cela fait plus de 4 ans que je suis en prison. »

Le pro-crieur spécial et le prévenu finissent par papoter sur des biens immobiliers que Diané aurait enregistrés sous des prête-noms. Charles évoque plusieurs parcelles situées à Nongo et à Kaloum, enregistrées au nom de « Mamadou Aliou Diallo, Mamadou Mouctar Bah et Sékou Kaké. » Diané réfute tout : « Ce ne sont pas mes biens. »

Le pro-crieur demande alors la comparution de ces personnes et celle de membres de la famille du prévenu : « C’est ici que tout va être tiré au clair. » La Cour accède à sa demande, ordonne la comparution de Mamadou Aliou Diallo, Mamadou Mouctar Bah, Sékou Kaké, M’mahawa Diané ou encore le dirlo du Cadastre. Elle ordonne par ailleurs la comparution de Louncény Nabé, ex-Gouve de la Banque centrale de la République de Guinée pour apporter de l’éclairage sur la gestion du budget de la Présidence.

Mohamed Diané est en taule, depuis 2022, pour « détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux ». En première instance, le prévenu, préférant garder le silence, a été condamné à 5 ans d’emprisonnement.

L’audience reprend le 21 mai prochain. Inch’Allah.

Yacine Diallo