Saisie le 4 mai par la Direction générale des sélections (DGE), la Basse-Cour suprême rappelle qu’un parti politique qui s’absente à deux scrutins consécutifs pourrait être dissous. Le Front démocratique de Guinée (Frondeg), qui s’était retiré des sélections légis-tardives et communales du 31 mai prochain, fait machine arrière.

Aller aux élections ou disparaître, la marge de manœuvre était réduite et le temps file vers le rendez-vous électoral du 31 mai. Au moment où le régime Doum-bouillant dissout des partis à tour de bras, bouder c’est ouvrir une brèche dans laquelle le ministère de l’Administration du trottoir et de la décentralisation (MATD) n’hésiterait pas un seul instant de s’engouffrer pour sévir de nouveau.

La DGE avait-elle flairé le coup en saisissant la plus haute juridiction guinéenne pour évaluer la portée juridique du retrait du parti dirigé par Abdoulaye Yéro Ta-Baldé, arrivé deuxième à la présidentielle du 28 décembre dernier ? La Basse-Cour suprême a rendu, dans un arrêt publié le 6 mai et dont Le Lynx a obtenu copie, son avis consultatif. Elle y rappelle que l’article 169, alinéa 1 du Code électoral, stipule qu’après la date limite de dépôt des listes de candidats, aucun retrait ni aucune substitution ou permutation n’est admise. Sauf en cas de décès d’un candidat.

Elle rappelle également que plusieurs recours introduits par le Front démocratique de Guinée devant les juridictions compétentes à travers la Guinée ont déjà été examinés. Même que certains candidats ont été rétablis, notamment à Ratoma, Lambanyi et en Amérique. La formation politique dirigée par Abdoulaye Yéro Ta-baldé avait en effet annoncé son retrait du processus en arguant de l’invalidation de certaines de ses candidatures; mais également en pointant du doigt des irrégularités dans le processus d’organisation des sélections tendant à avantager les candidats proches du pourboire. Il avait en conséquence mis en doute l’impartialité de la Direction générale des sélections, chargée de conduire les opérations électorales en Guinée.

Nommée par décret présidentiel de Mamadi Doum-bouillant et placée sous la tutelle du MATD, la DGE symbolise le retour de l’organisation des élections dans l’escarcelle du goubernement. Et ce après des décennies de gestion des scrutins par un Organe de gestion des élections indépendant, composé de représentants des différentes parties prenantes (pouvoir, opposition et société civile).

Hantise de dissolution

La Basse-Cour suprême souligne par ailleurs que l’article 20 de la Loi organique portant régime des partis politiques impose à chaque formation politique de participer assidûment aux élections. Et qu’un parti qui s’absenterait à deux échéances électorales consécutives perdrait son statut légal. Quoique couplées, les légis-tardives et les communales constitueraient-elles ainsi deux scrutins consécutifs pouvant menacer l’existance juridique des partis absents ? La question vaut son pesant d’or et hante les esprits des politicards.

Au regard de ces éléments, la Basse-Cour suprême déclare recevable la requête de la Direction générale des sélections. Elle précise que le retrait du Frondeg n’affecte en aucun cas les listes de candidatures déjà validées, ni la validité des opérations électorales, encore moins la poursuite normale du processus électoral en cours. De quoi apporter de l’eau au moulin des candidats frondeurs du Frondeg qui ont décidé de rester dans la course électorale, au mépris de la position du parti.

Et la suite semble leur donner raison, d’autant que le Frondeg craignant les foudres de la loi, pour ne pas dire du pouvoir, a été contraint de revenir sur sa décision. Le parti a réuni dare-dare son bureau pour plancher sur l’arrêt de la Basse-Cour suprême, dès le 6 mai. Les jours suivants, les consultations se sont poursuivies avec la base. Une déclaration du Frondeg publiée dans la soirée du 11 mai a finalement acté le retour officiel du parti dans le processus, comme l’avait déjà révélé Le Lynx.

Dans un tel environnement, la chance de voir la Coalition pour la rupture (CPR) formée autour du Bloc libéral de Faya Mini-mono mettre à exécution sa menace de se retirer des sélections (pour les mêmes raisons que le Frondeg) est nulle. On ne tente pas le diable.   

Mariama Dalanda Bah

Et Diawo Labboyh