Alors que le Frondeg (Front démocratique de Guinée) d’Abdoulaye Yéro Baldé a annoncé son retrait du processus électoral, dénonçant diverses irrégularités, certains candidats du parti ont choisi de rester dans la course aux législatives couplées aux communales du 31 mai. C’est le cas, par exemple, de Mamadou Alimou Diallo, candidat uninominal dans la préfecture de Koundara. Dans cet entretien accordé à La Lance, mardi 5 mai, l’ancien militant de l’UFDG de Cellou Dalein Diallo revient sur les raisons et les conséquences de ce choix, ainsi que sur d’autres sujets d’actualité.

La Lance : Vous avez choisi de maintenir votre candidature aux élections du 31 mai au compte du Front démocratique de Guinée, malgré la décision officielle de retrait du parti. Quelles sont les raisons qui ont motivé ce choix?

Mamadou Alimou Diallo (Alimou Koundara pour les intimes) : Nous avons appris par voie de presse le retrait du parti du processus électoral. Nous n’avons pas été consultés du tout : il n’y a pas eu de rencontre préalable ni de décision formelle. Donc, cela nous a semblé vraiment bizarre.

Le Frondeg et le Bloc libéral de Faya Millimouno dénoncent des irrégularités pouvant compromettre la transparence du processus électoral. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes à l’intérieur du pays. Nous ne savons pas exactement ce qui se passe sur le terrain ailleurs, notamment à Conakry. Je ne sais pas quels sont les éléments d’information qui leur permettent de tenir ces propos. Ce que je sais, c’est que le processus que nous vivons ici se déroule normalement. Dans certaines parties du pays, notamment à Koundara, la Direction préfectorale des élections fait son travail. Elle nous associe à toutes les étapes, et tout se passe correctement. Par exemple, pour le dépôt des dossiers, nous n’avons eu aucun problème. Nous avons pris toutes les précautions nécessaires. Tous les dossiers que nous avons soumis sont passés, sans difficulté.

Certains observateurs craignent que ces élections soient jouées d’avance. Ne craignez-vous pas de participer à un processus biaisé ?

Les élections communales permettent aux citoyens d’être représentés dans les conseils communaux et d’avoir un regard sur le fonctionnement de leur collectivité, même s’ils ne gagnent pas.

Les candidats du grand Conakry ont réitéré leur soutien à la décision du parti de se retirer du processus électoral. Qu’en dites-vous ?

Nous ne comprenons pas totalement les raisons de ce retrait. Par principe, on ne peut pas bouder les élections de proximité. Et donc nous pensons qu’il ne faut pas abandonner un processus électoral, sans explication claire. Nous sommes présents dans plusieurs circonscriptions et nous comptons aller jusqu’au bout.

Aujourd’hui, quelle est la nature de votre relation avec la direction du parti ?

J’ai eu de relation particulière avec le vice-président du parti. C’est un parent et c’est à travers lui que les liens se sont créés. Avec la direction du parti, je n’ai en revanche jamais eu de relation particulière. Les contacts ont toujours été indirects. Depuis l’annonce du retrait, il n’y a pas eu de communication formelle avec la direction du parti.

En ce qui concerne la députation, il y a un amalgame qui est créé. Je suis candidat dans la circonscription de Koundara. Et je suis en même temps le président du Mouvement pour le progrès de Koundara, qui est bien implanté sur le terrain. À l’approche des élections, nous avons été sollicités par certains partis politiques dont le Frondeg pour aller ensemble aux élections. Nous nous étions préparés depuis longtemps pour participer aux élections communales et législatives. Nous avions déjà engagé des moyens, imprimé du matériel de campagne et organisé nos équipes. Malheureusement, certains pensent que nous avons trahi. Mais ce n’est pas le cas. C’est un engagement politique basé sur des convictions et sur le travail de terrain.

Avez-vous eu des échanges avec le président du Frondeg ?

Nous nous sommes rencontrés une ou deux fois au bureau, pas plus. Il n’y a pas de relation directe entre nous.

On vous connaissait comme membre de l’Union des forces démocratiques de Guinée, le parti dissous de Cellou Dalein Diallo. Pourquoi avez-vous décidé de rejoindre le Front démocratique de Guinée ?

Je n’ai pas rejoint directement le Frondeg, j’ai créé un mouvement politique qui se veut transversal, avec des représentants de plusieurs sensibilités politiques bien avant. Comme je l’ai déjà évoqué ci-haut. Ce mouvement est aujourd’hui la base de mon engagement.

Donc ce n’est pas une affaire de l’UFDG, moins une question de conflit, mais une évolution naturelle.

Le mouvement existait-il déjà lorsque vous étiez à l’UFDG ?

Oui, le mouvement a été créé en 2025. Mais il a pris plus d’ampleur récemment.

Dans un contexte marqué par des tensions politiques et des contestations du processus électoral, comment comptez-vous convaincre les électeurs de la pertinence de votre candidature ?

Je suis implanté dans cette circonscription depuis plus de 30 ans. Depuis la légalisation des partis politiques [en 1991], je couvre   Koundara. J’y ai exercé des responsabilités [en qualité de président de la Délégation spéciale]. J’ai participé à l’implantation de partis politiques dont l’UPR [Union pour le progrès et le renouveau de Bah Ousmane] et l’UFDG. J’ai mené plusieurs actions concrètes sur le terrain. J’ai eu l’opportunité de diriger une collectivité pendant un an et demi, avec des résultats visibles, notamment en matière d’assainissement et d’infrastructures. À un moment donné, la commune était considérée comme l’une des plus propres du pays. Les populations connaissent mon parcours et ce que je peux apporter.

Êtes-vous confiant pour ces élections à Koundara ?

Oui, je suis confiant. C’est une zone que nous connaissons très bien. Nous avons déjà remporté des élections ici par le passé contre des partis au pouvoir, notamment le Parti de l’unité et du progrès [PUP] et le RPG [Rassemblement du peuple de Guinée]. En 2018, ce dernier n’a eu qu’une seule mairie sur sept à Koundara. Ces élections sont des élections de proximité. Les réalités locales sont très importantes et c’est là que notre engagement prend tout son sens.

Interview réalisée par

Mariama Dalanda Bah