Mohamed Lamine Kaba, alias Gawa Compétent, est un humoriste, créateur de contenu et organisateur du « Rendez-vous du rire ». Celui qui est connu pour ses contenus humoristiques sur les réseaux sociaux, notamment son micro-trottoir comique « Ça glisse », a accordé une interview à votre hebdomadaire La Lance, en marge de la 9e édition du Festival des arts et du rire de Labé (FAR).

La Lance : Comment vous définissez-vous ?

Gawa Compétant :  Persévérant. Dans ce métier, il y a beaucoup de personnes, mais pour être connu, il faut énormément de persévérance. La première fois que je suis monté dans un avion, c’est grâce à ce métier. Donc, je me définis comme quelqu’un de persévérant, qui a lutté pour obtenir cette place aujourd’hui. Mais pour moi, ce n’est que le début. Je n’ai encore rien commencé. Je rêve plus grand : faire le tour du monde, monter sur les grandes scènes d’Afrique, d’Europe et d’ailleurs.

Vous avez réussi à vous démarquer dans un milieu très concurrentiel sur les réseaux sociaux. Vos vidéos cumulent des milliers de vues, quel est votre secret ?

Il faut préciser que j’ai des millions de vues sur ma page; des vidéos qui dépassent les 3 millions de vues. Ce qui me permet de me démarquer, c’est l’innovation. Quand tout le monde fait la même chose, il faut chercher à faire ce que les autres n’ont pas encore fait. J’ai commencé avec les sketchs. Beaucoup pensent que je fais uniquement du micro-trottoir et de l’humour, alors que j’ai débuté dans la comédie depuis 2016. J’ai travaillé avec la troupe Tougalal Africa. Nous avons réalisé plusieurs films ensemble. J’ai appris à créer des scénarios, à entrer dans la peau d’un acteur et j’ai suivi des formations. Ensuite, je me suis dit qu’il fallait aussi travailler en solo pour mieux me démarquer. Quand on évolue en groupe, un promoteur qui veut vous faire voyager doit payer plusieurs billets d’avion. Mais lorsque tu es seul, tu peux te déplacer uniquement avec ton manager ou ton chargé de communication. C’est aussi ce qui m’a poussé à suivre cette voie.

C’est quoi le but de ce que vous faites ?

Depuis mon enfance, j’aimais faire passer des messages. J’ai donc décidé de transmettre ces messages à travers l’humour. Quand quelque chose me touche ou me fait mal, je peux le transformer en humour, en quelque chose de comique. Je peux écrire, parler en parabole pour me faire comprendre, sensibiliser et faire passer un message.

L’autre raison pour laquelle je me suis démarqué, c’est parce que j’ai beaucoup misé sur les réseaux sociaux. Je me suis dit que pour que les gens sachent ce que je fais et consomment mon contenu, il fallait réussir à me vendre sur les plateformes numériques. Je me suis lancé en 2020. J’ai participé à beaucoup de festivals à travers le pays, mais c’est surtout grâce aux réseaux sociaux que les gens m’ont découvert.

Pourquoi avoir choisi le surnom « Gawa Compétent » ? Certains diraient que cela ne vous aide pas à être pris au sérieux.

Chacun définit le mot « gawa » à sa manière. Généralement, il désigne quelqu’un qui n’est pas éveillé. Avant d’être comédien, j’étais danseur dans un groupe appelé Les Explosifs. Les gens considéraient notre groupe comme des délinquants qui buvaient et fumaient, qu’on était des « gangsters ». Pourtant, ce n’était pas la réalité. Moi, je ne fume pas et je ne bois pas.

On me considérait comme un gawa, j’étais habitué à cela. À l’école aussi, j’étais déjà habitué au regard du public. Quand je suis allé au village, on m’a encore appelé ainsi. Je n’ai pas rejeté cette image. Les gens se moquaient de moi parce que je n’avais pas de petite amie dans le quartier et que je n’ai pas de vice. Alors j’ai accepté cette appellation et je me suis dit que c’était aussi une compétence de savoir se ressaisir, rester focalisé sur ses objectifs et éviter de se détruire. Au fond, c’est une compétence. J’ai donc associé les deux pour devenir « Gawa Compétent ».

Vous participez pour la troisième fois au Festival des arts et du rire de Labé. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ce festival représente une véritable plaque tournante de l’humour guinéen. Sans langue de bois, la première fois que j’y ai participé, c’était à l’amphithéâtre, dans le cadre du Prix Sow Bailo qui récompense le meilleur humoriste du festival. J’ai fini quatrième. Il y a beaucoup d’ambiance et plusieurs artistes y ont été révélés. Cela a aussi créé des liens entre moi et de nombreux artistes.

Pour moi, c’est une fierté de venir ici. On croise dans ce festival des journalistes, des conteurs, des slameurs, des humoristes, des comédiens de théâtre et des musiciens. Pourquoi ne pas venir apprendre d’eux ? Aujourd’hui encore, grâce à ce festival, les médias contribuent à ma carrière. C’est aussi une occasion de se faire davantage connaître et de gagner en visibilité.

Espérez-vous remporter le Prix Sow Bailo cette fois-ci ?

Oui, bien sûr. Quand on participe à une compétition, c’est pour gagner, mais aussi pour apprendre. Nous ne sommes pas là uniquement pour la victoire, mais aussi pour acquérir davantage d’expérience. Cela fait cinq ans que je suis dans ce milieu, mais je n’ai pas fini d’apprendre. Je suis prêt à montrer ce que j’ai préparé pendant des mois et à le transmettre au public. Après, c’est au public de juger. L’artiste propose, le public décide.

Quelles sont vos ambitions futures ?

J’aspire à créer un festival baptisé « Festival Rendez-vous du rire ». Aujourd’hui, c’est un événement que j’organise une fois par an, mais j’espère qu’avec l’appui du public et de l’État, il deviendra un grand festival d’Afrique de l’Ouest. Une véritable plaque tournante de l’humour guinéen. Nous inviterons les plus grands humoristes d’Afrique et d’ailleurs, pour donner des formations et partager leurs expériences. Des humoristes ivoiriens comme Michel Gohou, qui ont traversé beaucoup de difficultés dans ce milieu, pourront venir transmettre leur savoir.

Nous parlerons également de l’histoire de l’humour en Guinée, car beaucoup ignorent que l’humour ne commence pas avec notre génération. Les gens doivent connaître cette histoire. Les journalistes auront un rôle important pour relayer tout ce qui sera fait autour de ce festival. Nous allons réaliser ce projet. Le Festival sera délocalisé de Conakry, mais je garde le nom de la ville qui l’abritera.

Un message ?

Je remercie les journalistes qui nous donnent de la force, ainsi que tous ceux qui participent à ce festival. J’apprends énormément ici. Je remercie également l’organisateur de continuer à nous faire grandir. Nous continuerons à soutenir ce grand festival chaque fois que l’occasion se présentera. Nous ne sommes pas là uniquement pour la compétition, mais pour soutenir, à notre manière, la culture guinéenne.

Interview réalisée par

Abdoulaye Pellel Bah,

envoyé spécial à Labé