Officiellement lancés le 29 novembre dernier, les travaux de reconstruction de la Route nationale n°5 reliant Mamou à Labé via Dalaba et Pita, avancent au pas de caméléon. Sur le papier, tout va bien. Sur le terrain, c’est une autre paire de manches. Plusieurs mois après le lancement, le calvaire des usagers continue, voire empire.

Ces dernières années, parcourir les 135 kilomètres séparant Mamou de Labé relève déjà de l’exploit. La situation ne s’est guère améliorée. Prévu pour durer 30 mois, le chantier affiche, six mois plus tard, des progrès à peine perceptibles, malgré la mobilisation de trois entreprises sur le chantier. Pour l’instant, on en est toujours au niveau des « grandes œuvres » : début du terrassement et dégagement des acottements. Selon un ouvrier chintoque interrogé par l’Ageroute (Agence de Gestion des Routes de Guinée), le taux d’avancement est de 4 %. Pendant ce temps, la chaussée continue de se dégrader. Lentement mais sûrement, faute d’entretien. Et les grandes pluies avancent plus vite que le chantier.

Entre Mamou et Labé, les abords sont jonchés de débris, de troncs d’arbres fraîchement abattus et de gravats. Vers Dalaba, quelques déviations ont bien été aménagées. Non bitumées, évidemment. Bonjour la poussière ! Les premières pluies ont déjà commencé. Dans les nids de poule, l’eau stagne, la boue prend place…

Le long de la route, maisons, boutiques, panneaux publicitaires, poteaux électriques et même des mosquées portent des croix rouge annonciatrices d’imminentes démolitions. Une perspective qui inquiète les riverains, menacés de déguerpissements.

Hantise du passé

Il y a deux semaines, Mamadou Tanou Nadhel Diallo, secrétaire général du Syndicat des transporteurs et mécanique générale de Labé, a tiré la sonnette d’alarme. Il reconnaît que « les travaux avancent », mais s’inquiète surtout de ce qui reste, hanté par les souvenirs : « Il est évident qu’ils ne pourront pas poser le goudron d’ici l’arrivée des grandes pluies. Nous demandons qu’ils traitent les points critiques… L’année dernière, certains véhicules sont restés bloqués dix jours, voire deux semaines à certains endroits. Si un seul s’enfonce, tous les autres sont obligés d’attendre. Ils doivent donc impérativement s’occuper de ces points noirs, avant l’arrivée des pluies. »

Aujourd’hui, il faut entre six et huit heures pour rallier Mamou à Labé. Une grande performance, tant que le ciel reste clément. Car avec l’arrivée imminente de la saison des pluies, le Fouta-Djalon pourrait bien se couper du reste du bled. Entre boue, nids-de-poule et teufs-teufs immobilisés, le calvaire s’annonce mémorable.

Alors, chers usagers, attachez vos ceintures ! Non pas pour la vitesse qui n’est d’ailleurs pas au rendez-vous, mais pour les secousses. Beaucoup de secousses.

Abdoulaye Pellel Bah

Envoyé spatial