Le 25 juin dernier, la Cour de justice de la Cédéao a ordonné la libération immédiate du leader poétique Aliou Bah. Les avocats du politicard plaident auprès des autorités guinée-haines pour l’exécution de l’arrêt de la juridiction régionale.

Le bras de fer s’estompe entre le collectif d’avocats (sans vinaigrette) et l’État guinéen autour de la procédure judiciaire d’Aliou Bah, condamné pour « offense au chef de l’État et diffamation » en janvier 2025. L’heure est au plaidoyer et à la persuasion pour la sagesse et l’esprit républicain.

Condamné à 2 ans de gnouf par la justice guinée-haine, Aliou Bah, le leader du Mouvement démocratique libéral (MoDel), critique du pourboire, s’était tourné vers la Cour de justice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), contre sa condamnation. Au terme de plusieurs mois de procédure, le leader poétique obtint gain de cause auprès de la juridiction régionale. Dans son arrêt rendu le 25 juin, la Cour a conclu que l’État guinéen « a violé le droit » d’Aliou Bah à la liberté d’opinion, d’expression et de réunion. Ainsi, elle a ordonné à l’État guinéen la mise en liberté immédiate et sans condition du boss du MoDel, et a condamné l’État guinéen à lui payer un franc symbolique à titre de dommages et intérêts en réparation du préjudice moral subi.

La Cour de justice supranationale accorde à la Guinée un mois à compter de la notification qui lui sera faite, pour soumettre à la Cour un rapport concernant l’exécution de son arrêt ordonnant la libération d’Aliou Bah. Elle a notamment rejeté la demande reconventionnelle en paiement de dommages et intérêts formulée par l’État guinéen.

À l’issue d’un procès expéditif, Aliou Bah avait été condamné le 7 janvier 2025 à deux ans de prison en première instance, après avoir été interpellé à la frontière guinéo-sierra-léonaise quelques jours plus tôt. Une peine confirmée par la Cour d’appel de Cona-cris.

Si l’arrêt de la Cour de justice de la Cédéao n’est pas appliqué, le boss du MoDeL restera écroué encore pour au moins sept mois à l’Hôtel cinq étoiles de Coronthie, pour purger la totalité de sa peine. Ses avocats (sans vinaigrette), conscients de cela et réconfortés par l’arrêt de la Cour de justice de la Cédéao, tempèrent et jouent à la persuasion pour la libération de leur client.

Clin d’œil aux autorités

Dans un communiqué du 1ᵉʳ juillet, le collectif des avocats d’Aliou Bah, jubile : « Ce dénouement judiciaire ne doit pas être perçu ni comme le triomphe personnel d’Aliou Bah ni comme une défaite de l’État guinéen. Il s’agit avant tout et par-dessus tout de la victoire éclatante du Droit. Cette décision vient rappeler que la justice est le fondement de la paix sociale et le ciment qui lie les citoyens à leur État. En tant qu’acteurs de justice, nous sommes convaincus que la République de Guinée, nation historiquement pionnière dans la sous-région, a toujours eu à cœur de faire respecter ses engagements internationaux. L’État guinéen, sous l’égide des autorités actuelles, a régulièrement affirmé sa volonté de bâtir une nation fondée sur l’État de droit et la justice. »

Le collectif estime que dès lors l’exécution pleine et entière de l’arrêt de la Cour de justice de la Cédéao « ne saurait être vue comme une contrainte, mais plutôt une formidable opportunité pour nos dirigeants de prouver leur attachement indéfectible aux valeurs républicaines », ajoute-t-il.  

Sagesse, clairvoyance, esprit républicaine…

Pour le collectif, se plier à cet arrêt et ordonner la libération du boss du MoDeL « est un acte de grandeur » à l’honneur du bled et de ses autorités politiques. Cela, argue-t-il, démontrera à la face du monde que la Guinée reste une nation respectueuse de la légalité communautaire et protectrice des libertés individuelles. Amen ! Les avocats (sans vinaigrette), dans « un esprit de plaidoyer apaisé et constructif », invitent « les plus hautes autorités » du bled à la sagesse, à la clairvoyance et à l’esprit républicain. « Nous les invitions à tirer toutes les conséquences de droit de cet arrêt, en facilitant sa mise en œuvre rapide pour le retour d’Aliou Bah auprès de sa famille et des concitoyens. La justice élève une nation, et la Guinée, en honorant la justice, ne fera que s’élever davantage », tente de convaincre le collectif des avocats du boss du MoDeL.

Aliou Bah avait été interpellé à la frontière de la Guinée avec la Sierra Leone le 26 décembre 2024, en compagnie de son chauffeur et de son chef protocole. Il se rendait en Sierra Leone pour des « raisons personnelles ». Le 7 janvier 2025, le tribunal de première instance de Kaloum l’a reconnu coupable d’offense au chef de l’État et diffamation et l’a condamné à deux ans de prison.

Yaya Doumbouya