J’ai échangé avec un ami autour d’un avis de décès lu sur les antennes de la RTG.
– Est-ce que tu as appris le décès survenu hier de cet ancien ministre de la justice, m’interroge-t-il ?
– Oui, lui dis-je. Tu te rappelles lorsqu’il a quitté le gouvernement à la suite d’un remaniement ministériel, il a aussitôt intégré le bureau exécutif d’un parti de l’opposition. Et quelques années plus tard, il a plaqué son parti au profit du RPG arc-en-ciel avant de se révéler un fervent partisan du troisième mandat.
– Personnellement, enchaîne l’ami, je ne le condamne pas pour son attitude, on ne trouve pas à boire et à manger dans un parti d’opposition chez-nous.
Voilà le mot lâché : « trouver à boire et à manger. »
Dans un pays où la majorité des citoyens vit au jour le jour, les gens n’hésitent pas à sauter dans le navire du pouvoir, seul endroit où l’on peut s’offrir une vie décente et peut-être une fortune. Les richesses nationales sont d’ordinaire accaparées par la classe dirigeante au détriment des masses laborieuses analphabètes. Nombre d’intellectuels sont persuadés que ni le diplôme ni la compétence professionnelle ne sont nécessaires pour obtenir un poste souhaité, alors ils font des pieds et des mains pour s’offrir une place au soleil.
Il faut donc se débarrasser de tous scrupules pour avancer, mettre de côté ses convictions politiques profondes et feindre d’épouser celles du pouvoir en place, c’est la voie du salut. Dans ce landerneau politique du sauve-qui-peut, on rencontre néanmoins des hommes et des femmes qui s’accrochent à leur ligne politique, qui refusent toutes compromissions en échange de postes juteux. Mais reconnaissons que ces gens constituent une espèce rare.
Enfin, il n’est pas étonnant de voir maints cadres embrasser la politique du ventre pour prendre leur part, même avec le risque d’aller en prison, plutôt que de mourir de faim ou de maladie dans la dèche.
Walaoulou Bilivogui

