Le 17 février, le buisson de Siguiri en Haute-Guinée a été secoué par une manif violente, à cause de l’utilisation des poclains dans l’orpaillage clandestin dans les mines. Au total, 38 personnes seraient arrêtées, dont des marmots. Pour trouble à l’ordre public, le pro-crieur de la Roue-publique près le tribunal de première instance de Siguiri hausse le ton et promet de sévir contre les instigateurs et leurs complices.
Des défenseurs de l’environnement dans la ville de Siguiri, en Haute-Guinée, montent au créneau. Le 17 février, sur initiative du mouvement des Jeunes pour le progrès de Siguiri, des jeunots ont battu le pavé dans la commune urbaine. Ils s’insurgent contre l’utilisation des poclains dans les mines de Siguiri. Ces engins contribuent à la dégradation de leur environnement. Les protestataires ont pris d’assaut les principales voies de la ville. Ils ont érigé des barricades et brûlé des pneus sur la chaussée, bloquant par endroit la circulation. Des boutiques et magasins ont baissé les rideaux. D’autres activités économiques ont connu aussi un arrêt, paralysant le buisson de Siguiri. Au bout du fil le 19 février, Aly Thiam, coordinateur des Jeunes pour le progrès de Siguiri, après avoir déploré les arrestations, indique que plusieurs protestataires sont détenus hors de Siguiri. « Il y en a 24 qui sont détenus à Siguiri et 14 à Kankan. Parmi eux, Mamadi Sylla, notre porte-parole. »
« Nous préférons la nature dans la pauvreté »
Aly Thiam affirme que le code minier n’est pas respecté dans sa préfecture. «Pas de contrôle dans les mines concernant l’environnement, pourtant une loi existe.» Selon lui, les utilisateurs des poclains ont tenté de les corrompre. En vain. « Ils ont tout fait pour négocier avec nous, mais nous n’avons pas besoin d’argent pour détruire notre environnement, c’est notre avenir. Nous ne prendrons aucun sous qui nous fera regretter. Nous préférons la nature dans la pauvreté. » Le défenseur de l’environnement dit avoir fait un mémorandum qu’il déposé à la préfecture, à la mairie, au tribunal. Mieux, « nous avons aussi impliqué les sages, afin qu’ils interviennent, mais aucune suite favorable », déplore le coordinateur.
Vers la libération des jeunes arrêtés
Des négociations ont été entamées. Elles sont dirigées par Fodé Amadou Fofana, un conseillé du Prési de la Roue-publique, Mamadi Doum-bouillant. Il a rencontré les sages, les jeunes, nous a rapporté une source à Siguiri. Aly Thiam espère que les négociations menées par Fodé Amadou Fofana aboutiront à la libération des jeunes interpellés.
Face aux défenseurs de l’environnement, Fodé Amadou Fofana, a promis: « Vos amis qui ont été arrêtés, nous nous battrons afin de les libérer. C’est un engagement. » Aly Thiam réagit « Nous attendons la suite. » Mais le Conseiller a mis en garde les manifestants contre la récidive : « Si prochainement, vous recommencez les mêmes actions, on dira que je vous soutiens », rapporte le con(.)frère Guineematin.
« Atteinte flagrante aux droits fondamentaux »
La Coordination nationale de Tournons La Page-Guinée (TLP-Guinée) exige leur libération « sans condition. » Dans un communiqué du 19 février, elle se dit préoccupée de l’arrestation « arbitraire » de ces jeunes et dénonce « une atteinte flagrante aux droits fondamentaux des citoyens et une violation de la liberté d’expression et de manifestation garantie par la nouvelle Constitution. » L’ONG exige la libération « sans condition de toutes les personnes arrêtées arbitrairement et la cessation de toutes les poursuites judiciaires à leur encontre. »
Des enquêtes en cours
Dans une déclaration du 19 février, Dominique Loua, pro-crieur de la Roue-publique près le tribunal de première instance de Siguiri, déplore la manif. « C’est un événement regrettable que l’on pouvait éviter. S’ils constatent des exploitations clandestines, qu’ils nous informent(…) Mais il ne leur appartient pas de se faire justice, en s’attaquant aux biens des citoyens. La ville a été à moitié paralysée. Il y a eu beaucoup de dégâts. Des machines ont été incendiées. Cela est anormal. Les enquêtes continuent, les arrestations aussi. »
Contrairement au chiffre donné par Aly Thima, le pro-crieur, lui, parle de « 15 personnes majeures et 9 mineures. Tous ceux qui sont associés à cette manifestation seront interpellés et traduits devant la justice, conformément à la loi » et seront punis « à la hauteur de leur forfaiture. » Selon le parquet, ceux qui sont interpellés se trouvent à la Compagnie de la gendarmerie territoriale de Siguiri. Il leur est reproché de trouble à l’ordre public par les enquêteurs, selon une source basée à Siguiri. Nos tentatives de joindre le pro-crieur de Siguiri pour savoir si les personnes interpellées sont inculpées ou non, ont été vaines. Du moins jusqu’au moment où nous allions sous presse.
Souleymane Bah


