Devant le CNT, Conseil national de la Transition, le Premier ministre Amadou Oury Bah a présenté, mercredi 25 mars, la déclaration de politique générale de son gouvernement. Entre bilan des actions menées durant la transition et perspectives de la Vᵉ République, le chef du gouvernement a décliné une vision axée sur la transformation économique, la consolidation institutionnelle et le développement du capital humain. Voici les grands axes de son discours.
Pour cet exercice, seulement 67 sur 81 conseillers étaient présents au CNT ce mercredi. Huit sont excusés, mais les six autres sont carrément absent. Le gouvernement fortement représenté, la société civile et le corps diplomatique et consulaire étaient largement présents. À la suite du discours d’une vingtaine de minutes du président du CNT, Dansa Kourouma, le PM Bah Oury a prononcé un discours très axé sur le programme Simandou-2040.
Dès l’entame, il a égrené ses « réussites », plaçant sa déclaration de politique générale sous le signe de la responsabilité politique, juridique et morale. Revenant sur les engagements pris lors de sa précédente déclaration, le chef du gouvernement a affirmé qu’ils ont été « pour l’essentiel, honorés ».
Sur le plan institutionnel, il a évoqué le retour à l’ordre constitutionnel avec l’adoption d’une nouvelle Constitution, suite à l’organisation du référendum du 21 septembre dernier et l’élection présidentielle de décembre 2025. Ce processus qui, selon lui, aurais permis de restaurer la légitimité des institutions et favoriser la levée progressive des sanctions par des organisations comme la CEDEAO, Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, l’Union africaine et la Francophonie.
Parlant de l’Économie, il s’est réjoui d’une augmentation significative des recettes publiques, passant de plus de 18 000 milliards de francs guinéens en 2020 à 45 000 milliards en 2025. Il a évoqué le récent rebasage du PIB, désormais estimé à plus de 36 milliards de dollars, et l’amélioration de la note souveraine du pays. Ces performances s’appuient « sur la modernisation des régies financières, la digitalisation des procédures et une meilleure discipline budgétaire. »
Le bilan social et sectoriel a été présenté par Bah Oury comme « tangible ». Le gouvernement revendique des avancées dans la santé, avec une prise en charge des agents publics à 80 %, dans l’agriculture avec l’aménagement de 14 700 hectares et la distribution de 507 tracteurs, ainsi que dans le numérique avec le déploiement de plus de 12 000 kilomètres de fibre optique.
Un PIB à 152 milliards de dollars
L’essentiel du discours s’est concentré sur les visions du gouvernement avec le démarrage du programme « Simandou 2040 ». Ce plan, adopté il y’a quelques jours par le CNT, pour la période 2026-2040, ambitionne de transformer en profondeur l’économie guinéenne à travers 122 mégaprojets et 39 réformes. Ce programme repose sur plusieurs piliers : l’agriculture, l’éducation, les infrastructures, l’économie et la santé. Le Premier ministre a annoncé un objectif de croissance moyenne de 10,3 % par an, un PIB projeté à 152 milliards de dollars et la création de plus de cinq millions d’emplois.

Dans le secteur agricole, le gouvernement prévoit la modernisation des filières, la mécanisation accrue et le développement d’une agro-industrie compétitive. Dans l’éducation, il est question d’investissements massifs, de construction d’universités régionales et d’un meilleur alignement de la formation avec les besoins du marché d’emploi.
Les infrastructures constituent un autre axe central, avec des projets d’envergure tels que la construction de 2 900 kilomètres d’autoroutes, 2 500 km de voies ferrées et 5 500 km de routes d’ici 2030. Le gouvernement entend également renforcer la souveraineté énergétique, notamment à travers le développement des énergies renouvelables pour pallier les délestages surtout en périodes d’étiages.
Le capital humain
Coté financier, les autorités misent sur une combinaison de ressources publiques, privées et de partenariats pour mobiliser près de 330 milliards de dollars sur quinze ans. L’accès au crédit pour les PME (Petites et moyennes entreprises), la modernisation du système bancaire et la création d’un fonds souverain figurent parmi les priorités annoncées.
Le Premier ministre a également insisté sur l’importance du capital humain, qu’il considère comme « la véritable richesse de la Nation ». Il a appelé à investir davantage dans l’éducation, la formation, la santé et l’innovation, en mettant l’accent sur l’insertion des jeunes et l’autonomisation des femmes à qui le mandat présidentiel est dédié.

Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques et sécuritaires, le gouvernement entend renforcer la stabilité, la sécurité nationale et la bonne gouvernance. La lutte contre la corruption, la modernisation de l’administration et la consolidation de l’État de droit ont été présentées comme des priorités majeures.
Évoquant les défis liés à la démographie, la décentralisation et l’aménagement du territoire, Bah Oury annonce une nouvelle stratégie visant à renforcer les collectivités locales et à réduire les disparités régionales. Il a confirmé la tenue des élections législatives et communales le 26 mai prochain afin de parachever la mise en place des institutions de la Vᵉ République.
Les réponses à plus tard
Pour terminer, le Premier ministre a appelé à la mobilisation collective autour de cette vision, affirmant que la transformation de la Guinée repose avant tout sur « la volonté des femmes et des hommes qui décident de croire en leur pays et de travailler ensemble pour l’élever ».

Bah Oury, sous un feu roulant de questions de la part des sept commissions permanentes du CNT, Dansa Kourouma, a exhorté les conseillers à rester dans la logique de l’analyse du discours et de la contribution pour un meilleur perfectionnement et non de se soumettre à un débat de questions-réponses.
Le PM qui a reçu la motion de soutien de son discours de politique générale par acclamations a toutefois été invité à approfondir ses ambitions et revoir ses engagements. Il a promis de répondre par écrit à toutes les préoccupations soulevées par le CNT, qu’il dit considérer comme des contributions à l’amélioration du programme gouvernemental, en moins d’une semaine.
Abdoulaye Pellel Bah


