Les premiers tonnages de fer extraits du mont Simandou sont déjà arrivés en Chine. Durant la vie du projet, ce sont des centaines de millions, voire des milliards de tonnes de ce minerai qui effectueront ce parcours. Les retombées financières que générera l’exploitation du minerai enrichiront l’État guinéen et les sociétés partenaires dont Rio Tinto (Via SimFer) Winning Consortium Simandou. Cependant, en l’absence d’une gouvernance vertueuse favorisant une répartition équitable des fruits de la croissance, entre tous les Guinéens, il est illusoire de croire à une quelconque amélioration significative du bien-être collectif et individuel de la population. La mauvaise gouvernance est généralement à la base de la conviction de certains analystes selon lesquels l’abondance de minerais et de terres rares est synonyme de malédiction.
En effet, on observe que les pays riches en minerais sont l’objet de convoitises et de graves conflits meurtriers. La République Démocratique du Congo est l’exemple le plus épatant. Ce pays est en proie à la guerre depuis des décennies à cause de ses immenses potentialités minières, pense-t-on.
Évidemment, être doté de fabuleuses richesses minières ne jette pas naturellement l’opprobre, ni la malédiction sur un État. Les problèmes que cette situation pourtant favorable soulève ne sont pas inhérents à la simple abondance de minerais. Ils n’ont pas une explication métaphysique, irrationnelle. Ils sont liés à la qualité de la gouvernance. La gestion des ressources minières est généralement caractérisée par la corruption notamment lors de l’attribution des permis d’exploration et des licences d’exploitations mais aussi du traitement du capital humain. Elle peut être également impactée par la perception des recettes fiscales et toutes autres taxes et royalties.
Aussi, elle subit l’action nocive des prédateurs incrustés dans les interstices de l’administration (vol, concussion, détournement de deniers publics). Ces dysfonctionnements captent une partie non négligeable des revenus générés par la vente du minerai, ce qui représente un important manque à gagner pour le trésor public. Une meilleure maîtrise de ces pertes, combinée à un cadre de collaboration optimisé avec les partenaires, notamment Rio Tinto (via SimFer) et le Winning Consortium Simandou, permettrait de renforcer significativement les recettes effectivement perçues par l’État guinéen. C’est pour cela qu’il importe que l’État assainisse la gouvernance durant cette période de refondation, avant la maturation du projet Simandou. Ainsi, au moment où le projet produira des profits à la hauteur des attentes des populations, il faudrait que le pays ne soit qu’à quelques encablures de la gouvernance vertueuse si elle ne l’a pas encore atteinte.
Pour cela, l’État doit compléter et renforcer son arsenal juridique répressif contre la déprédation et toute forme de délinquance financière. À cet égard, il s’agit de réactiver et de tirer de sa léthargie l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de consolider la synergie entre elle et la CRIEF. Par ailleurs, il est nécessaire de rendre la redevabilité plus régulière et plus exigeante pour obliger ceux qui gèrent le patrimoine physique et pécuniaire de l’État à faire montre d’une grande probité. Ces initiatives permettront aux dirigeants de créer un environnement humain propice à une gestion rationnelle efficace et efficiente porteuses d’une prospérité partagée. Le projet Simandou ne doit pas être la montagne qui accouche d’une souris.
Abraham Kayoko Doré

