Kipé ou Képi ? Quelle importance, mon ami ! L’orthographe du quartier n’y change rien. C’est les mêmes bouges, les mêmes nids où l’ivrognerie fait la danse du ventre avec la débauche. Ici, on ne discute pas, on bavarde. Des hommes se retrouvent, l’air grave, pour palabrer. Chacun apporte sa solution, soigneusement emballée, pour des problèmes qui n’existent pas. C’est ça, le génie du pays : on guérit le malade avant même qu’il ne tousse. À fakoudou !

Il y avait quelqu’un qui disait :

-Voici venu le temps des élections, législatives et communales. Mais pour qui voter ? Jusqu’ici, nous n’avons voté que pour des idiots.

Alors, pour qui aller ? Franchement, ce n’est pas rassurant. C’est comme se retrouver au restaurant face à une carte où tous les plats sont avariés : tu choisis celui qui te donnera le moins mal au ventre, mais tu sais que tu souffriras quand même. On a l’impression de choisir nos bourreaux pour les prochaines années. Est-ce qu’on vote pour les diables qu’on connaît déjà, ou pour les démons qu’on ne connaît pas encore ? Changer de candidats, c’est souvent juste changer la couleur du couteau qu’on nous plantera dans le dos. Voter ici, c’est parier comme à la loterie, genre PMU.

Nos maires sont des manchots. Ils ont des bras trop courts pour retrousser leurs manches et travailler. Et le comble, c’est qu’ils ne savent même pas comment faire travailler les autres. Non, pour retrousser les manches, ils savent faire. Mais c’est pour plonger jusqu’aux coudes dans les caisses publiques. Ils savent mobiliser les taxes dans les marchés, harasser les femmes pour quelques billets. Mais pour nettoyer les ordures ? Ah là, non ! Ils tendent la main, ils mendient des aides et des subventions, mais ne font rien qui ressemble à du développement. Dites-moi, qui a vu une seule infrastructure sortir de terre sous la baguette de nos maires ?

C’est pas facile de ramasser les ordures, je sais. Mais pourquoi n’y arrivent-ils pas ? C’est simple : ils peuvent ramasser les saletés, mais pas les ordures. Ici, les saletés sont dans la rue et sur les réseaux sociaux, elles maigrissent le peuple. Mais les ordures ? Les ordures sont assises dans le gouvernement. Les saletés font maigrir, les ordures font grossir. Regardez Oury Kigna et ses amis : ils ont pris de l’épaisseur ces derniers temps. Ça ne les empêche pas de continuer leurs shows, lourds comme des sacs de riz.

Mon ami, va faire un tour au siège d’un parti ! Tu verras des militants, pigeons s’ils en sont, attendant la miette, comme à la mangeoire. C’est le ballet permanent autour des sièges politiques. Les partis sont devenus sages, comme l’exige ce pouvoir militaire. Ceux qui n’étaient pas polis, ceux qui avaient la langue trop rude, ont été radiés du paysage. Les leaders sont en exil forcé. Il ne reste au pays que les bons garçons, ceux qui savent dire « oui » en souriant.

Faire de la politique est un métier de dingue chez nous. Il ne faut pas être en porte-à-faux avec le pouvoir. Il faut accepter les résultats électoraux tels qu’ils te sont montrés, les yeux fermés. Et surtout, il faut payer cher pour être candidat. Il faut payer chaque militant pour qu’on t’applaudisse. Ici, militer, c’est chercher son pain. Il faut payer pour avoir des gens autour de toi, payer pour mobiliser les journalistes, payer les danseuses pour le rassemblement. Tout est devenu argent. À fakoudou !

Alors, comment voulez-vous que quelqu’un qui a payé toute sa vie pour avoir un poste de maire, de député ou de ministre, soit propre ? Comment veux-tu qu’il soit transparent ? Il doit voler pour se faire rembourser ! C’est mathématique. Fory Coco disait déjà à ses ministres : « Je ne vous ai pas interdit de voler dans les caisses, mais prenez un peu et laissez un peu ». La sagesse des voleurs est éternelle.

Chat ne va pas du tout dans ce pays. Chat galère, et d’une manière sélective. On voit bien qui a le ventre rond et qui a le ventre plat. Les Guinéens voient leurs minerais partir par bateaux entiers, de plus en plus, mais il n’y a plus une goutte d’argent liquide dans les banques. Les ventres crient famine.

Apparemment, il n’y a que le DJ Diakité, le gourou du Simandou deux mille carences, qui connaît l’intérêt de nos mines. Avant, on mangeait des cailloux pour survivre, c’était dur mais on tenait. Maintenant, il n’y a plus de cailloux à manger, ils nous les ont pris. Je préconise qu’on arrête toute exploitation minière. Au moins, on aura des cailloux à dîner.

Chat ne va pas, mon ami. On est en Guinée, parmi tant d’autres Guinées. Ce jour-là, en cheminant, un homme m’a arrêté. Il avait l’air de celui qui sait tout parce qu’il n’a plus rien à perdre. Il m’a dit, avec le sérieux d’un prophète de bord de route :

« Monsieur le journaliste, soyons d’accord. Le caveau de la Banque Centrale, c’est la prison la plus confortable de Guinée. Là-dedans, il fait frais, les murs sont épais et le silence est d’or. Il faut fermer toutes les autres geôles, ces trous humides où pourrit l’espoir. Envoyons les détenus à la Banque Centrale. Ce serait plus juste. Parce qu’eux aussi, ils sont Guinéens. Ils ont le droit de coucher là où dort l’argent qui nous manque. » À fakoudou !

Sambégou Diallo

Communiqué de ceci et cela

Du Ministère en charge du secteur

Objet : Appel à la décharge obstétricale

À l’attention de tous les ventrus de Conakry,

À ceux qui ont le ventre rond comme un œuf d’autruche,

À ceux dont la ceinture a rendu l’âme sous la pression,

À ceux qui se déplacent avec une lenteur majestueuse, comme des éléphants enceints au terme de neuf mois de digestion,

Ou comme des mammouths qui occupent tout l’espace et font trembler le sol sous leurs pas,

Ou comme des baleines qui ont gobé tout le plancton des caisses de l’État,

Le Ministre a le plaisir de vous informer que la grande époque est arrivée.

Soyez tranquilles, la césarienne est désormais GRATUITE.

La maternité de Donka a été rénovée, équipée et modernisée rien que pour vous.

Ne laissez plus cette lourdeur vous étouffer. Ces « grossesses » semblent arrivées à terme. Le bloc opératoire est prêt, les lits sont faits et les médecins attendent. Venez accoucher !

Signé :

Le Ministre, en chair et en os