Le 13 juin, l’État guinéen et son partenaire minier et industriel Chinalco via sa filiale guinéenne Chalco ont lancé les travaux de construction d’une raffinerie d’alumine de 1,2 million de tonnes par an à Boké. Le coût total de l’investissement est de 1,68 milliard de dollars américains. Délai d’exécution, 36 mois.

Les choses s’accélèrent dans le secteur minier depuis le retrait en mai 2025 des centaines de permis miniers à des sociétés qui auraient manqué à leur engagement vis-à-vis de l’État guinéen.

Après le lancement des travaux de construction de la raffinerie de la Société chinoise State Power Investment Corporation (SPIC) en mars 2025 à Boffa, puis ceux de Winning Consortium Alumina Guinea (WCAG) en décembre de la même année, Chinalco a engagé les siens à Boffa, à Lisso Demougala pour la construction de la 3è raffinerie d’alumine sous le Président Mamadi Doumbouya. Les autorités guinéennes ambitionnent d’en construire cinq à l’horizon 2030, elles s’ajouteront à celle de Friguia, en production depuis 1960, la première du genre en Afrique.

Accompagné de plusieurs ministres, Djiba Diakité, le directeur de cabinet de la Présidence et des responsables du groupe Chinalco ont lancé les travaux en grande pompe. C’est le 21 mai dernier que Chalco Hong Kong, entité d’investissement de Chalco, filiale cotée du groupe Chinalco, et le gouvernement guinéen ont signé à Conakry les accords relatifs au projet de raffinerie d’alumine.

« La Guinée ambitionne désormais de transformer ses ressources naturelles sur place, d’y créer de la valeur, de former [ses] jeunes et de créer des emplois pour les Guinéens. C’est tout le sens de la raffinerie. La vision du Président Mamadi Doumbouya est en train de devenir une réalité, irréversible. Nous ne posons pas que les bases d’un projet industriel, mais une nouvelle pierre dans la construction d’une Guinée plus forte, souveraine, prospère et davantage tournée vers le bien-être de son peuple. Ce qui se construit dépasse largement le cadre d’un simple projet, c’est le symbole d’une Guinée qui change de dimension, qui affirme sa souveraineté économique et qui choisit de transformer localement ses ressources afin de créer de la valeur, des emplois et des opportunités pour ses enfants », a déclaré Djiba Diakité. Pour lui, une raffinerie n’est pas qu’une infrastructure, mais des opportunités pour nos ingénieurs, techniciens et la jeunesse.

Emplois créés

Le projet constitue « des perspectives pour nos PME, nos entreprises locales ; ce sont de nouvelles recettes pour l’État pour financer écoles, routes, hôpitaux, électricité, eau et infrastructures. Chaque projet industriel rapproche davantage la Guinée de sa souveraineté économique assumée, chaque emploi créé représente une famille qui retrouve l’espoir, chaque formation représente un jeune qui retrouve une perspective et chaque transformation locale représente une Guinée qui se renforce », ajoute-t-il. Martelant que la Guinée sera exigeante sur les délais, le contenu local, la formation des Guinéens, le respect des lois de la République. « La Guinée sera sans aucun compromis sur les questions environnementales et sociales. Nous voulons un développement durable, responsable et bénéfique aussi bien aux générations actuelles et celles du futur », dit-il.

Bouna Sylla, le ministre des Mines, soutient que le projet constitue « un maillon stratégique », lequel servira de tremplin au développement d’une industrie nationale d’aluminium. Il créera, poursuit-il, environ 1 000 emplois directs et 12 000 autres indirects. Aussi, 500 bourses d’étude sur 20 ans (soit 25 bourses par an) seront octroyées dans les domaines techniques et industriels ; la construction à Boffa d’une école d’ingénieurs et de formation technique de 100 étudiants par filière et par an durant 10 ans. « L’État accompagnera ce projet, en garantira la réussite totale, tout en veillant avec la plus grande rigueur au suivi des travaux, au respect des obligations contractuelles. La sécurité industrielle et la gestion des risques seront anticipées avec rigueur. En parallèle, l’accent sera mis sur la formation et un dispositif structuré de contenu local pour préparer massivement les compétences guinéennes », conclut le ministre.

Soutien à l’industrialisation guinéenne

Chinalco, à travers sa filiale guinéenne Chalco est implantée en Guinée en 2018 dans le domaine de l’exploitation et de l’exportation de la bauxite à Boffa. Elle est aussi actionnaire au sein du consortium Rio Tinto/Simfer et Chalco qui exploite les blocs 3 et 4 du gisement de fer Simandou.

Duan Xiang Dong, le président du CA du groupe Chinalco, leader mondial de l’aluminium, affirme que la raffinerie sera la première bâtie par le groupe à l’étranger. Le projet, dit-il, repose sur des « bases solides » et que la coopération entre Chinalco et la Guinée bénéficie d’un « solide socle » de coopération. Désormais, le groupe dispose d’une configuration de développement articulée autour du fer (Simandou), de la bauxite (exportation) et de l’alumine (la raffinerie).

«La Chine soutient activement les efforts de la Guinée pour transformer ses avantages (ressources minières) en avantages de développement, pour accélérer son industrialisation et sa diversification économique, mais aussi à accroître la valeur ajoutée et la compétitivité de ses produits. Le lancement des travaux de construction de la raffinerie d’alumine de Chalco est une illustration concrète de cet engagement. Je suis convaincu que la raffinerie d’alumine va certainement éclairer Boffa et éclairer l’avenir », croit Sun Yong, l’ambassadeur de Chine en Guinée. L’avenir le dira.

Yaya Doumbouya