Suspendu par arrêté du mystère de l’Administration du trottoir et de la décentralisation du 12 juin, le préfet de la ville aurifère de Siguiri a été mis aux arrêts. Mais au-delà du colonel Seny Sylver Cas-marrant, c’est toute l’administration civile et militaire locale qui a été démantelée, des orpailleurs clandestins chinois et ouest-africains ont été interpellés sur instructions de Cona-cris.
L’éboulement ayant fait officiellement 7 morts et 4 blessés, le 7 juin à Kintinian, s’est accompagné d’un important séisme administratif à l’échelle de la préfecture de Siguiri. Dans un premier temps, l’onde de choc a entrainé la suspension du préfet et trois de ses collaborateurs : le secrétaire gênant de la préfecture, le chef de cabinet et la dirlo préfectorale de l’administration du territoire et de la décentralisation. Un second arrêté signé le même jour, 12 juin, a balayé les 20 sous-préfets de la ville aurifère, remplacés au pied levé par des officiers et des sous-officiers ainsi que des cadres (en bois) civils.
Mais ce n’était que l’entrée, le plat de résistance a été servi après. Avec au menu, une série d’arrestations. Le désormais ex-préfet, le colonel Seny Sylver Cas-marrant, en tête. Son prédécesseur, en poste à Beyla, a également été rattrapé par son passé. Ce qui est décoiffant pour le colonel Ibrahima Douramoudou Keïta, surnommé « le préfet coiffeur » pour avoir coupé les cheveux d’un candidat au bac quand il trônait à la tête de la préfecture de Siguiri. L’avenir dira s’il s’était montré plus rigoureux envers autrui que sa gestion.
Interdiction le jour, exploitation la nuit
L’orpaillage employant d’engins lourds appelés poclains est officiellement interdit depuis le 13 mars dernier, par arrêtés conjoints des ministères de l’Administration du trottoir et de la décentralisation, des grises Mines et de la géologie, de l’Environnement et du développement minable. Sur le terrain, la mesure a fait long feu. Elle ne s’applique que la journée. De minuit à 4h, les pelleteuses entrent en action. Ni vu ni connu.
Face à l’impuissance (ou la complicité) des autorités locales, le pouvoir central a dû entrer en action. Les Farces spéciales ont débarqué dans la ville aurifère, raflant à tour de bras machines, Chinois, employés Mossis et Ghanéens…Selon des sources concordantes jointes à Siguiri, le commissaire central adjoint de police, le dirlo préfectoral des grises Mines, Mamoudou Koïvogui (qui n’est en poste que depuis quelques mois), le commandant de la gendarmerie de Siguiri, le dirlo préfectoral de l’environnement et plusieurs autres anonymes seraient épinglés et conduits à Cona-cris. Des chefs de quartiers ou districts, ou encore des proches du Palais Mohammed V seraient également sur la sellette.
L’info selon laquelle les arrestations dépassent la sphère administrative a été confirmée par une source gouvernementale. Elle touche la hiérarchie de la flicaille et de la gendarmerie. Tous, « à l’exception des cadres subalternes », ont été rappelés, souffle-t-elle. « On a constaté aujourd’hui que cette interdiction n’a pas été suivie sur le terrain, que les bulldozers, les excavatrices et autres engins continuaient de travailler. Face à cette situation, le gouvernement était dans l’obligation d’intervenir pour faire respecter la loi et préserver l’autorité de l’État », a renchéri pour sa part le porte-voix du goubernement Ousmane Gawa Diallo, invité le 16 juin du JT de 20h30 de la Télé-bidon nationale.
Rappel à l’ordre
L’interdiction de l’orpaillage viserait à protéger le populo et l’environnement (terres arables et cours d’eau). Et sa mise en œuvre relevait de la responsabilité des sévices de l’administration du trottoir, de l’environnement, des grises mines ainsi que des forces de défense et de sécu. « Lorsque les décisions de l’État ne sont pas appliquées, des manquements sont constatés, le gouvernement en tire les conséquences. Et donc les révocations constituent des mesures de responsabilité administrative fondées sur les conclusions préliminaires des inspections réalisées sur le terrain », a précisé Ousmane Gawa Diallo. Des mesures conservatoires qui visent plus à remettre de l’ordre qu’à interdire l’orpaillage artisanal, s’est-il empressé d’ajouter. Il faut éviter de…Bourré les esprits chauds de Siguiri de fausses impressions.
Le pro-crieur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF) s’en est mêlé à son tour. Flanqué du pro-crieur général près la Cour d’appel de Cancan, des bidasses armés jusqu’aux dents et aux yeux aussi rouges que leurs bérets, Alphonse Charles Wrong a fait un saut le 18 juin à Siguiri. Il s’est rendu dans certains sites pour arrêter orpailleurs et démanteler leurs installations. Tout s’est passé à l’insu du tribunal de première instance de Siguiri. Mais en présence des caméras et micros de la presse.
La justice spectacle reprend ses droits.
Diawo Labboyah

