Le Comité stratégique de Simandou a annoncé dans un communiqué de stress, le 6 mai, qu’un accord amiable a été conclu entre la Guinée et Emirates Global Aluminium (EGA), au sujet du litige né du retrait du permis minier de sa filiale guinée-haine Guinea Alumina Corporation (GAC). Mais qui de la Guinée ou de GAC en sort gagnant ?
Pour manquement aux engagements de transformation locale de la bauxite en alumine, le mystère des Grises mines et de la Géologie a retiré le permis d’exploitation de Guinea Alumina Corporation en août 2025. La société qui exploitait les plateaux bauxitiques de Tinguilinta (Boké) pour vingt ans de concession avait dénoncé un « retrait illégal » de son permis. Pis, elle voit, impuissante, ses actifs refilés à la nouvelle société publique Nimba Mining Company créée dans la foulée, le 4 août, par décret du Prési Mamadi Doum-bouillant. Ce dernier a décrété le retrait de plus 300 autres permis miniers guinéens et étrangers. Parti du pays, le 22 août, GAC n’avait pour autant pas renoncé à ses droits miniers. Les Émiratis ont fait feu de tout bois pour être rétablis.
Sous la conduite de Louis Degos, le Bâtonnier de l’Ordre des avocats de Paris, des négociations entre la Guinée et GAC ont abouti à un accord amiable. Finalement. Il « vise à mettre un terme définitif aux différends nés de la cessation des activités de GAC en Guinée et de l’interruption de l’approvisionnement en bauxite du groupe EGA, y compris tout différend relatif à la Compagnie de bauxite de Guinée (CBG) », clarifie le communiqué de stress.
Les termes de l’accord « restent soumis à certaines conditions, prévoient d’une part, le versement par la Guinée d’un montant forfaitaire à GAC, en contrepartie notamment du transfert de ses actifs à NMC en vue de l’exploitation du projet bauxitique de Sangarédji, et d’autre part, la reconduction des accords d’approvisionnement en bauxite entre CBG et le groupe EGA, selon des conditions commerciales mutuellement avantageuses », ajoute le doc. Pour le Comité stratégique de Simandou, l’accord s’inscrit dans une démarche « résolument constructive » de normalisation et de consolidation des relations commerciales entre les parties.
Qui perd gagne
Mohamed Touré, ingénieur des mines, croit qu’une mauvaise entente vaut mieux qu’un bon procès. Selon lui, la Guinée avait beaucoup à perdre si le contentieux était réglé par un tribunal arbitral international, « pas parce que c’est GAC ou EGA, mais parce que le procès pouvait écorner un peu l’image de la Guinée vis-à-vis des investisseurs étrangers que l’État cherche à attirer dans différents secteurs d’activités. Cet accord montre, certes, que les autorités étaient dans une voie de fermeté, mais elles n’avaient pas fermé les portes de négociations.»
En contrepartie du transfert des actifs à NMC, la Guinée doit verser à GAC, qui avait investi plus de 1,4 milliard de dollars ricains, un montant forfaitaire non déterminé. Mohamed Touré estime que ledit montant sera « dérisoire », eu égard aux fonds investis en Guinée depuis des années par la société émiratie. Même si en outre la Guinée accepte la reprise de l’approvisionnement en bauxite d’EGA par la CBG.
« On ne peut pas demander à quelqu’un de te verser des montants faramineux tandis que tu lui demandes de te fournir sa bauxite. Les deux choses ne peuvent aller ensemble », croit l’ingénieur des mines. Et de renchérir : « Si la Guinée n’est pas gagnante comme on le veut dans cette affaire, elle n’est non plus perdante. Le message en à tirer : ce litige a radicalement changé certaines attitudes des sociétés minières en Guinée par rapport au respect de leurs engagements.»
Couper la poire en deux
Amadou Bah, dirlo exécutif de l’ONG Action mines Guinée, estime pour sa part que la poire a été coupée en deux : « La Guinée a évité un arbitrage long, couteux et qui pourrait geler le projet. Cet accord permet à GAC de bénéficier d’une compensation financière, mais également à la Guinée de pouvoir poursuivre le projet avec NMC. De façon claire, aucun n’est gagnant dans ce contentieux. La compensation, c’est de l’argent à débourser. Néanmoins, cela dégage le boulevard à la Guinée de dérouler sa politique et sa vision sur les actifs de GAC à Boké. »
Pour le juriste Mohamed Condé, GAC n’a obtenu ni le rétablissement de son permis ni le paiement des dommages et intérêts après plusieurs mois de négociations. « Cet accord confirme que GAC a définitivement perdu son permis d’exploitation. La Guinée ne paiera aucun franc au titre de sanctions ou de dommages liés au retrait du permis. GAC est contraint de céder ses actifs dont la valeur globale dépasse largement un milliard de dollars, pour un montant [forfaitaire] inférieur à 300 millions de dollars américains », croit-il. Sur RFI, Bouna le Scylla des Grises mines n’a ni infirmé ni confirmé les 300 millions de dollars ricains.
Pour sa part, la coordination Tournons la page (TLP-Guinée) a salué la conclusion d’un accord car il évite à la Guinée un contentieux long et coûteux. « C’est un signal positif pour la stabilité de notre secteur minier. L’accord constitue une opportunité pour ouvrir une nouvelle page fondée sur des leçons du passé », conclut TLP-Guinée, dans une déclaration du 6 mai. Comme quoi, l’accord met tout le monde d’accord.
Yaya Doumbouya

