Jugé en appel pour des faits présumés de détournement de deniers publics, d’enrichissement illicite et de blanchiment de capitaux, Mohamed Diané, ministre périmé de la Dépense nationale et des affres présidentielles, a été entendu ce jeudi 21 mai, devant la Chambre des appels de la Crief.

Condamné à cinq ans de gnouf en instance sans piper maux lors du procès devant la Chambre de jugement, Mohamed le Diané du RPG arc-en-ciel, brise enfin le silence en appel. Proche collabo et homme de confiance de l’ex-Prési du bled Alpha Grimpeur, en boubou blanc, un cartable de docs (pièces) en main, le périmé ministre de la Dépense nationale, a affirmé n’avoir détourné aucun sous des caisses de l’Etat.

Interrogé par la partie civile (Agent judicaire de l’Etat) sur l’attribution du marché de l’achat des véhicules militaires à la société Djoma appartenant à Kabinet Sylla allias Bill Gates, alors intendant de la Présidence, Mohamed Diané a indiqué que toute la procédure avait été respectée. « Nous avions respecté toutes les règles en la matière. Il y a eu bel et bien un appel d’offres restreint pour l’achat des véhicules. Je n’avais pas participé aux négociations du contrat. Mais j’avais écrit au ministère de l’Economie et des finances, elle a autorisé l’achat des engins. C’est le ministère qui a discuté des modalités avec la société », se défend-t-il.

Me Amadou Babaen Camara, avocat (sans vinaigrette) de la partie civile, croit dur comme fer que c’était un marché de gré à gré attribué par l’ancien dignitaire à Bill Gates, les deux seraient amis. Mohamed Diané a réitéré qu’aucune loi n’a été violée dans l’attribution de ce marché de 11 milliards 774 millions de francs glissants pour l’achat de 28 pick-up destinés au Groupement des forces spéciales dirigé à l’époque par le colonel Mamadi Doumbouya. Hop-là !

La partie civile a aussi invoqué les biens qui appartiendraient au périmé ministre de la Dépense. Elle lui reproche d’avoir accumulé un patrimoine immense et qu’il aurait attribué même certaines propriétés à sa douce-moitié, à ses rejetons et à ses proches. « Mes enfants travaillent, ils ont leurs biens », clame le prévenu, ajoutant n’avoir octroyé aucun bien à sa douce-moitié.

Les fameux biens de Diané

Me Pépé Antoine Lama, avocat (sans vinaigrette) de la partie civile, interroge sur l’origine et la liste des biens de Mohamed Diané. Celui-ci affirme avoir fait la déclaration de ses biens à la Basse-cour suprême en 2011, après sa prise des ponctions à la tête du ministère de la Défense nationale. Un exercice qu’il aurait répété en 2016, après avoir été reconduit par le Prési Grimpeur. L’enfant de Batè-Soïla (Kankan) déclare disposer d’une maison et des annexes dans son village, un domaine agricole. Dans la ville de Kankan, il est le proprio d’une construction familiale, une villa duplex, une parcelle à Héramakono, un autre à Karfamoria. L’ancien dignitaire déclare détenir une maison à Coyah depuis 2005, une voiture, un tracteur, une moissonneuse et trois comptes bancaires.
Mais, à en croire les pièces fournies par la Conservation foncière exhibées par la partie civile, Ahmed Sékou Diané, fils du prévenu, est le proprio d’un immeuble à Conakry. « Quel est son travail ? », demande Me Antoine Pépé Lama. « C’est un majeur, je ne réponds pas à sa place », balance le prévenu. En substance, la partie civile brandit trois titres fonciers (Kindia et Forécariah) fournis par la Conservation foncière, avec des références et des données sur Mohamed Diané qui en est, selon la Conservation foncière, le propriétaire. Mais l’ancien ministre a nié, invitant la Chambre des appels à dépêcher une mission sur place afin de s’assurer du vrai proprio des domaines. M’Balou Fatoumata Diané, la fille du prévenu, dispose aussi d’une parcelle à Nongo, selon un titre foncier fourni par la Conservation foncière, brandi par la partie civile.
Fonds, budget, solde…

Comparaissant à titre de témoin, Kabinet Doumbouya, le boss du Bureau de la conservation foncière, a martelé qu’il est « impossible » de coller des titres fonciers à une personne sans qu’elle ne soit le vrai proprio. Allusion à l’ancien dignitaire qui a rejeté plusieurs biens à lui attribués ou à sa famille. Selon Kabinet Doumbouya, le prévenu dispose de bel et bien des domaines à Kindia et à Forécariah. « Est-ce que vous avez des immeubles bâtis ou non bâtis à Dubréka ? », demande le pro-crieur spécial de la Crief, Alphonse Charles Wright. « Non, à ma connaissance », affirme le proche d’Alpha Grimpeur. Pourtant, contredit le magistrat (débout), les conservateurs fonciers ont enregistré deux immeubles (non bâtis) de plusieurs hectares à Dubréka au nom de Mohamed Diané, avec son identité.

En outre, le magistrat a déclaré que le fichier service solde de 2021 renferme le nom d’un certain Mohamed Diané, considéré comme un magistrat et qui percevait 485 millions de francs guinéens. « C’est du montage. Je ne réponds plus à vos questions », peste l’ancien ministre de la Défense nationale et des affaires présidentielles.

En qualité de témoin, Louncény Nabé, ex-gouv de la Banque centrale, a déclaré que Mohamed Diané était le gestionnaire des fonds spéciaux et du budget de souveraineté de la Présidence sous Alpha Grimpeur. « L’argent servait le plus souvent aux cas sociaux, mais l’utilisation ne relève que du Président de la République », explique le ministre Chargé des affres pestilentielles.

Yaya Doumbouya