Dans la soirée du 24 juin, une manif spontanée ayant éclaté entre jeunes et farces de l’ordre au quartier Hamdallaye a viré au drame. Un élève a perdu la vie au cours des échauffourées. La victime, Thierno Amadou Bella Bah, 17 ans, élève en classe de 9e année au groupe scolaire privé « La Sagesse » à Dar-Es-Salam 3, a reçu une balle en pleine poitrine.

Selon ses proches, Thierno Amadou jouait au foot avec ses amis dans le quartier, quand des manifestants, poursuivis par les farces de l’ordre, ont débarqué. C’est en voulant s’échapper, que l’ado a été mortellement touché. La manif serait consécutive à la nomination d’un chef de quartier qui ne fait pas l’unanimité à Hamadallaye.

Dans sa famille, c’est la tristesse et la consternation, le jeudi 25 juin. La mère du défunt en larmes : « Mon fils est un amoureux du football. Hier, Bella s’est réveillé à 14 h, il ne manifestait pas, on l’a accusé à tort. Ils ont tué mon fils… Mon fils ne connaît que le football et l’école. Quand les enfants ont commencé à manifester, il est venu me trouver à mon lieu de commerce, il m’a aidé à fermer le magasin. Il m’a dit : « Maman, rentrons, on est rentrés. Je n’ai pas su l’heure à laquelle il est parti jouer au football. Je ne pardonnerai jamais à celui qui a tiré sur mon fils ».

Sous le choc, Hassane Diallo, oncle paternel de Thierno Amadou explique comment il a appris la nouvelle : « On m’a réveillé à 17h, pour me dire que mon neveu a reçu une balle en pleine poitrine, selon les jeunes qui l’ont transporté à l’hôpital Jean Paul II. Des jeunes manifestaient contre un chef de quartier qui ne fait pas l’unanimité. La manif s’est transportée vers le terrain de football où mon neveu jouait avec ses amis. Il s’entraînait chaque jour de 16h à 18h. Les jeunes ont été poursuivis jusqu’à Dar-Es-Salam et c’est devenu des échauffourées avec la gendarmerie. Mon neveu y a perdu la vie ».

Transporté d’urgence à l’hôpital Jean Paul II, puis à Donka, il est décédé vers 18h, après l’intervention chirurgicale.

« Mon neveu rêvait grand »

Selon Hassane Diallo, la victime était un élève qui rêvait d’être footballeur : « On mettait les moyens pour qu’il puisse y arriver. Les équipements et tout ce qu’il demandait, on le mettait à sa disposition pour qu’il puisse se battre pour ses rêves. » Et de révéler que lui-même a été menacé à deux reprises par des hommes en uniforme après l’incident : « Quand j’ai appris que mon neveu a reçu une balle, je me suis rendu sur les lieux mais en sortant de la cour, j’ai trouvé un dispositif sécuritaire devant la maison. Trois pick-up y étaient garés. J’ai voulu passer, ils m’ont empêché. Je me suis présenté, en leur montrant mon badge de journaliste, mais impossible. Il y a un qui m’a lancé qu’ils n’ont pas peur de ce badge. Que si je pense que ce badge peut leur faire peur. J’ai compris qu’ils ne veulent pas coopérer. Mais deux d’entre eux avaient compris que j’étais en détresse, ils m’ont laissé passer. Au niveau du carrefour Échangeur (Dixinn), je venais chercher des poches de sang pour mon neveu, c’est là en pleine circulation qu’on m’informe de son décès. J’étais bouleversé. Notre moto était garée à côté, le neveu qui me supportait pleurait à chaudes larmes, la police me dit de quitter avec un ton sévère. J’essayais de leur faire savoir qu’on m’a annoncé un décès, il y a un qui m’a directement dit que ce n’est pas son problème. Il me dit que si je ne quittais pas les lieux, qu’il allait m’embarquer (…) Finalement, on a quitté. »

A la question de savoir si une plainte est envisageable, Hassane Diallo répond : « la famille est en train de se concerter. Je ne suis pas le seul décideur, j’ai des grands frères, des oncles et des tantes. Après les concertations, nous verrons ensemble ce qu’il y a lieu de faire… »

Thierno Amadou Bella a été inhumé ce jeudi 25 juin, après la prière de 17h.

Kadiatou Diallo