Le Président Mamadi Doumbouya interdit l’exportation de l’or brut à l’étranger, en exigeant son raffinage en Guinée. Saluée par les uns, l’initiative suscite des interrogations chez d’autres.
Le 19 juin, les acteurs de la filière or étaient face au Président, au Palais Mohammed V. Non pas pour négocier, mais pour écouter « une vérité d’État ». D’entrée, Mamadi Doumbouya a rappelé à ses hôtes que son engagement, dès la prise du pouvoir en 2021, est de mettre un terme « au paradoxe qu’un pays immensément riche continue de voir sa population vivre dans la pauvreté. La Guinée figure parmi les terres les plus riches du continent africain. Pourtant, elle est restée confrontée à la pauvreté. Ce paradoxe n’est pas une fatalité ; c’est une injustice. Chaque jour, notre or quitte le sous-sol, exporté à l’état brut vers des raffineries étrangères où il est transformé, certifié et valorisé. Pendant ce temps, la Guinée ne perçoit qu’une partie infime de la richesse créée, alors que les uns captent la valeur ajoutée, d’autres créent les emplois et développent leurs économies grâce à nos ressources. Cette situation ne peut plus durer. »

Le chef de l’État guinéen a annoncé que l’usine, Nimba Gold Refinery, moderne, construite sous son magistère, sera opérationnelle sous peu, avec une capacité de 200 000 kg d’or/jour. Selon Bouna Sylla, le ministre des Mines et de la géologie, la production nationale d’or issue de l’exploitation industrielle, semi-industrielle et artisanale a atteint 2 242 375 onces en 2025, raffinée hors de la Guinée.
« Cette raffinerie marque le début d’une nouvelle ère. La Guinée ne se contentera plus d’être un simple fournisseur de matières premières destinées aux usines du reste du monde. Désormais, l’or guinéen sera fondu, certifié et valorisé en Guinée avant son exportation sur les marchés internationaux. Je voudrais que cela soit parfaitement compris par tous les acteurs du secteur. L’exportation de l’or brut sera formellement et définitivement interdite », martèle le chef de l’État.
Menace de sanctions
Ce dernier a mis en garde contre les réfractaires, agitant une menace de sanctions allant de la suspension d’agréments aux poursuites judiciaires en passant par la remise en cause des conventions minières. « Il n’y aura ni exception ni négociation, ni retour en arrière. Je ne suis pas contre l’investissement étranger. La Guinée a besoin de partenaires sérieux, engagés et respectueux de ses intérêts stratégiques. Regardez les projets que nous développons aujourd’hui, notamment à Simandou, à Boffa et à Boké. Ce pays est en train de changer profondément. Ce changement doit profiter avant tout aux Guinéens. Une conscience nationale éveillée ne se négocie pas à la table des intérêts particuliers », martèle-t-il de nouveau. L’industrialisation de la Guinée « est irréversible, nos enfants hériteront de cette conquête comme un droit acquis et non comme une faveur, renchérit-il. Irréversible, parce que Simandou 2040 n’est pas un programme parmi d’autres, mais le pacte que nous avons conclu avec le peuple pour transformer durablement la place de notre pays dans l’économie mondiale. »

Pour le président de la République, « la femme de Siguiri mérite que l’or extrait de sa terre contribue à construire des écoles, des hôpitaux et des routes en Guinée. Le jeune de Kouroussa mérite un emploi dans une usine guinéenne plutôt que de regarder passer des camions chargés de richesses qui ne changent rien à son quotidien. Le peuple de Guinée mérite que sa richesse reste au pays et participe à son développement. C’est l’engagement que j’ai pris devant la Nation et que je compte honorer avec détermination », conclut Mamadi Doumbouya.
Mise en œuvre pratique
Amadou Bah, directeur exécutif de l’ONG Action mines Guinée, explique que la décision présidentielle de raffiner l’or au pays cadre avec l’article 139 du Code minier qui prévoit de transforme sur place les matières premières, pour créer plus de valeur ajoutée en termes de revenu pour l’État, mais aussi d’emploi pour les Guinéens.
Ainsi, la transformation locale de l’or fera passer la Guinée d’un pays exportateur de brut à un pays exportateur du produit fini ou semi-fini, espère l’activiste : « Si nous avons des raffineries en Guinée, nous pouvons fondre notre or, mais aussi celui des autres pays de la sous-région. C’est une opportunité pour la Guinée de se tailler une position stratégique sur la chaîne d’approvisionnement de l’or raffiné dans le monde. Est-ce que Nimba Gold Refinery pourra raffiner toute la production industrielle et artisanale de la Guinée ? Si tel n’est pas le cas, faudrait-il mettre en place une autre raffinerie ? ».
Pour sa part, Oumar Totiya Barry, directeur exécutif de l’Observatoire guinéen des mines et des métaux, salue un changement de paradigme visant désormais à transformer les ressources localement pour plus de valeur ajoutée, de revenu, d’emplois et de maîtrise de la technologie. « La décision du Président permettrait au gouvernement de lutter contre l’orpaillage clandestin et d’encadrer le secteur de l’extraction informelle », pronostique-t-il. Parlant de Nimba Gold Refinery, M. Barry s’interroge sur ses capacités techniques à absorber toute la production nationale industrielle et artisanale de l’or.
Yaya Doumbouya

