Le tribunal de première instance de Coyah a rendu sa décision dans l’affaire de l’enlèvement d’un nouveau-né à Somayah. Aminata Camara a été condamnée à 10 ans de réclusion criminelle, tandis que Mohamed Diaouné a été acquitté faute de preuves. La décision intervient plusieurs mois après les faits, marqués par le décès du nourrisson, 4 mois après sa libération.
L’affaire remonte à mars 2025, quand le nourrisson a été enlevé 13 jours après sa naissance à Coyah. Le procès des présumés auteurs s’est achevé jeudi 23 avril au tribunal de première instance de Coyah.
Devant les juges, Aminata Camara a passé aux aveux faits lors de l’enquête préliminaire et devant le juge d’instruction. Elle a expliqué avoir agi dans le but de satisfaire son concubin. Prenant part à l’audience, la mère de l’enfant, Mariama Dalanda Diallo, a livré un témoignage détaillé des faits. « J’ai accouché un lundi. Ce jour-là, Aminata est venue me féliciter, disant que sa mère l’avait envoyée, et elle m’a offert 5 000 GNF. Le lendemain, elle est revenue avec des habits pour mon bébé, affirmant qu’ils venaient de sa mère. Comme je ne la reconnaissais pas, je suis allée voir mes voisines, mais personne ne la connaissait. Elle a continué de me rendre visite les jours suivants. La veille du baptême, elle a proposé de me tresser, mais je lui ai dit que j’avais déjà appelé quelqu’un. Je lui ai suggéré de tresser mes enfants, ce qu’elle a accepté. Le jour du baptême, elle est venue vers 13h et m’a dit que sa mère était souffrante. Elle m’a demandé le nom du bébé. J’ai dit que le bébé porte le nom de ma maman. Elle a félicité ma mère et lui a demandé de l’argent. Le lendemain, elle est venue avec deux bouteilles dissimulées sous son foulard. Elle a trouvé ma mère au salon, elle s’est assise. Je suis sortie pour faire la lessive, et ma mère est allée se doucher. Elle est restée avec mon fils qui nettoyait la maison. C’est à ce moment qu’elle a profité, pour prendre le bébé et disparaître. Peu après, mon fils m’a appelée pour dire qu’il y avait une odeur de gaz. Je suis allée vérifier, mais je n’ai rien trouvé. En revenant, j’ai senti une odeur d’essence et constaté qu’Aminata était partie. En entrant dans ma chambre, j’ai vu que mon bébé n’était plus là. J’ai crié et tout le voisinage est venu. Des témoins ont affirmé avoir vu une femme sortir portant un voile noir… »

Le procureur de la République Moustapha Mariama Diallo a par la suite fait sa réquisition : « Monsieur le président, qu’il vous plaise de déclarer Mohamed Diaouné non coupable et d’ordonner son acquittement pur et simple, faute de preuves. Par contre, retenir Aminata Camara dans les liens de la culpabilité pour enlèvement et séquestration d’un bébé. Pour la répression, en tenant compte de l’âge du bébé et du guet-apens, la condamner à 20 ans de réclusion criminelle assortie d’une période de sûreté de 15 ans. Ces faits sont graves : elle a causé la mort d’un nouveau-né, troublé l’ordre public et porté un lourd préjudice à la société. Elle ne mérite aucune circonstance atténuante. »
Au cours des plaidoiries, l’avocat de la défense a invité le tribunal à s’en tenir aux réquisitions du procureur, concernant Mohamed Diaouné. S’agissant d’Aminata Camara, il a reconnu sa culpabilité, tout en sollicitant une condamnation équivalente au temps déjà passé en détention.
Après avoir écouté les deux parties, le tribunal a rendu sa décision. Mohamed Diaouné a été acquitté pour absence de preuves, Aminata Camara a été reconnue coupable et condamnée à 10 ans de réclusion criminelle. « Statuant publiquement et contradictoirement en matière criminelle et en premier ressort, après en avoir délibéré sur l’action publique, déclare Mohamed Diaouné non coupable de crime de complicité d’enlèvement et de séquestration d’un nouveau-né. Par conséquent, prononce son acquittement conformément aux dispositions de l’article 544 du Code de procédure pénal. Par contre, déclare Aminata Camara coupable d’enlèvement et de séquestration d’un nouveau-né et la condamne à 10 ans de réclusion criminelle, conformément aux dispositions du Code pénal et du Code de procédure pénal », a jugé Morlaye Soumah.
Après la décision, Amadou Billo, père de l’enfant et chauffeur de profession, a réagi. « C’est Dieu qui en a décidé ainsi. On ne peut pas payer la vie, encore moins les souffrances que nous avons endurées. Imaginez la douleur d’une mère à qui l’on arrache son bébé quelques jours après la naissance. Aujourd’hui, je suis satisfait que justice ait été rendue, même si j’aurais souhaité une peine plus lourde pour qu’elle regrette et ne recommence guère. »
Mariama Dalanda Bah

